{"id":125,"date":"2007-11-30T00:00:00","date_gmt":"2007-11-29T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=125"},"modified":"2007-11-30T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-29T23:00:00","slug":"putain-de-colbert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=125","title":{"rendered":"Putain de Colbert !"},"content":{"rendered":"<p>Moteur de la centralisation &agrave; la fran&ccedil;aise, l&rsquo;am&eacute;lioration des voies de communication du royaume a en grande partie &eacute;t&eacute; initi&eacute;e par Colbert au c&oelig;ur du XVII&deg; si&egrave;cle. Respectant un sch&eacute;ma en &eacute;toile autour de la capitale, cette constante modernisation des infrastructures routi&egrave;res, puis ferr&eacute;es, produit depuis quelques d&eacute;cennies des effets particuli&egrave;rement n&eacute;gatifs pour la tranquillit&eacute; des provinces. En ce qui nous concerne, le ph&eacute;nom&egrave;ne atteindra son paroxysme en 2012 &agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;extension de la ligne &agrave; grande vitesse entre Le Mans et Rennes, qui mettra la capitale bretonne &agrave; 1h25 de Paris en TGV. Un rapprochement temporel dont il ne faut pas se r&eacute;jouir trop vite. Louis Lefourbe vous en ram&egrave;ne la preuve du futur.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Paris, vendredi 13 juillet 2018<\/strong>. &laquo;&nbsp;<em>Mesdames, Messieurs, le TGV num&eacute;ro 6676 &agrave; destination de Rennes partira &agrave; 18h05 de la voie 5. Nous vous rappelons que le compostage des billets est obligatoire&hellip;<\/em>&nbsp;&raquo; La Gare Montparnasse est noire de monde, envahie comme chaque fin de journ&eacute;e par des cohortes de businessmen en costard trois-pi&egrave;ces, attach&eacute;-case au poignet et t&eacute;l&eacute;phone cellulaire viss&eacute; &agrave; l&rsquo;oreille. Les quais o&ugrave; patientent les trains de banlieue sont d&eacute;serts&nbsp;: c&rsquo;est bien vers la voie 5 que se ruent les cadres plus si jeunes et plus si dynamiques que &ccedil;a. Dociles au moment de pr&eacute;senter leur billet aux contr&ocirc;leurs, ils s&rsquo;entassent par paquets dans les wagons qui les ram&egrave;neront chez eux, dans &agrave; peine une heure et demie. Montparnasse, qu&rsquo;on continuait ces derni&egrave;res ann&eacute;es &agrave; d&eacute;signer sous le terme de &laquo;&nbsp;quartier breton&nbsp;&raquo; en raison de la pr&eacute;sence de quelques vagues cr&ecirc;peries &agrave; touristes, m&eacute;rite encore moins aujourd&rsquo;hui cette appellation. Dans un ballet d&eacute;sormais habituel, l&rsquo;endroit ne voit en effet passer que des l&eacute;gions de parisiens qui rentrent chez eux, &agrave; Rennes. &laquo;&nbsp;En banlieue,&nbsp;&raquo; disent-ils&hellip;<\/p>\n<p><strong>Rennes, une heure et demie plus tard<\/strong>. Le TGV s&rsquo;arr&ecirc;te et d&eacute;gueule un flot ininterrompu de businessmen en costard trois-pi&egrave;ces, attach&eacute;-case au poignet et t&eacute;l&eacute;phone cellulaire viss&eacute; &agrave; l&rsquo;oreille. Comme un seul homme, ils se dirigent en courant vers l&rsquo;atroce parking de cinq &eacute;tages &eacute;rig&eacute; juste &agrave; la place de l&rsquo;ancien b&acirc;timent des Champs-Libres. Quelques minutes plus tard, la circulation en ville se ralentit, puis s&rsquo;arr&ecirc;te&nbsp;: c&rsquo;est parti pour une heure d&rsquo;embouteillages&hellip; Constern&eacute;s, quelques &eacute;tudiants qui sirotaient une bi&egrave;re en terrasse &agrave; proximit&eacute; des quais sont forc&eacute;s de battre en retraite &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du bistrot, assaillis par le vacarme des klaxons et la puanteur pestilentielle des gaz d&rsquo;&eacute;chappements d&rsquo;une noria de 4&#215;4. Tous les soirs, c&rsquo;est la m&ecirc;me rengaine&nbsp;: l&rsquo;air ne s&rsquo;assainit pas apr&egrave;s le passage des parisiens, comme autrefois l&rsquo;herbe ne repoussait pas apr&egrave;s une chevauch&eacute;e des Huns.<\/p>\n<p>&nbsp; <\/p>\n<p><strong>Une heure plus tard<\/strong>. La circulation s&rsquo;est fluidifi&eacute;e, les pseudo-Bretons ont regagn&eacute; leurs demeures dans les localit&eacute;s environnantes. En dix ans, l&rsquo;agglom&eacute;ration rennaise a vu sa population passer de 380 000 &agrave; plus d&rsquo;un demi-million d&rsquo;habitants, une explosion d&eacute;mographique qui n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; sans cons&eacute;quences f&acirc;cheuses. Il faut d&eacute;sormais faire 40km depuis Rennes pour trouver la trace de la premi&egrave;re exploitation agricole. Pour subvenir aux besoins en mati&egrave;re d&rsquo;infrastructures routi&egrave;res, les autoroutes sont devenues payantes en Bretagne. Les prix de l&rsquo;immobilier ont flamb&eacute;, atteignant en quelques ann&eacute;es des standards proprement parisiens. Afin de pr&eacute;server la qui&eacute;tude des r&eacute;sidents du centre ville, la rue de la Soif et les venelles attenantes sont d&eacute;sormais &eacute;vacu&eacute;es manu militari pass&eacute; 1h du matin. La vie culturelle locale, jadis si dynamique, en est r&eacute;duite aujourd&rsquo;hui &agrave; la portion congrue face &agrave; la pression des cha&icirc;nes de cin&eacute;ma, des salles de spectacles multifonctionnelles, des megastores et autres supermarch&eacute;s de la culture.<\/p>\n<p>&nbsp; <\/p>\n<p><strong>Encore dix minutes plus tard<\/strong>. Apr&egrave;s avoir un peu gal&eacute;r&eacute; pour trouver l&rsquo;adresse, je p&eacute;n&egrave;tre enfin dans les locaux de Rennet o&ugrave; m&rsquo;attend le r&eacute;dacteur en chef, apr&egrave;s que ce dernier m&rsquo;ait convoqu&eacute; d&rsquo;un coup de fil laconique deux heures auparavant, alors que je regardais voler les mouches dans un bistrot de la rue Bourdelle &agrave; Paris. Le teint h&acirc;ve, l&rsquo;&oelig;il hagard, la voix us&eacute;e par ses trop nombreuses vitup&eacute;rations, le boss me salue d&rsquo;un ton morne.<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;<em>T&rsquo;as pas mis longtemps.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Ben ouais, le TGV, quoi&hellip;<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Toujours aussi blind&eacute;&nbsp;?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Toujours, mais j&rsquo;ai &eacute;vit&eacute; les vacanciers. Il para&icirc;t qu&rsquo;ils annoncent 35 000 touristes &agrave; Rennes d&egrave;s ce week-end.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; S&eacute;rieux&nbsp;? Fait chier&hellip;<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Ouais, putain de TGV&nbsp;!<\/em> <\/p>\n<p><em>&#8211; Putain de Colbert, tu veux dire&hellip;<\/em>&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>&nbsp; <\/p>\n<h1>Louis Lefourbe<\/h1>\n<p><em><strong>Comme son nom l&rsquo;indique, Louis Lefourbe est un individu fourbe, vil et plein de ranc&oelig;ur, qui a fait sien cet aphorisme de Boris Vian&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;il n&rsquo;est rien de plus agr&eacute;able que de dire aux gens qu&rsquo;on aime qu&rsquo;on les aime, si ce n&rsquo;est de dire aux gens qu&rsquo;on n&rsquo;aime pas qu&rsquo;on ne les aime pas&nbsp;&raquo;.<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moteur de la centralisation &agrave; la fran&ccedil;aise, l&rsquo;am&eacute;lioration des voies de communication du royaume a en grande partie &eacute;t&eacute; initi&eacute;e par Colbert au c&oelig;ur du XVII&deg; si&egrave;cle. 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