{"id":142,"date":"2008-01-31T00:00:00","date_gmt":"2008-01-30T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=142"},"modified":"2008-01-31T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-30T23:00:00","slug":"trois-accords-et-desaccord","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=142","title":{"rendered":"Trois accords et d\u00e9saccord&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Ils sont plombiers, boulangers, couturiers. Ils travaillent &agrave; la RATP, &agrave; Canal +, &agrave; la Poste. Ils portent des t-shirt Ramones, Buzzcocks ou Damned. Ils vous emmerdent, esp&egrave;ce de connard! Ce sont des pinques&#8230; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<!--more--><\/p>\n<p>Mon facteur arbore une protub&eacute;rance d&rsquo;aspect gallinac&eacute; pour mieux d&eacute;guiser son incapacit&eacute; cong&eacute;nitale &agrave; distribuer les enveloppes dans les bo&icirc;tes aux lettres correspondantes en une attitude de d&eacute;fi envers le Monde en tant que carcan totalitaire. Pas de doute, c&rsquo;est un <strong>pinque<\/strong> aussi.&nbsp;<\/p>\n<p>Ou plut&ocirc;t, pour orthographier correctement cette syllabe et demie de r&eacute;bellion concentr&eacute;e, un&nbsp;&laquo;&nbsp;<em>punk<\/em>&nbsp;&raquo;. Personnellement, j&rsquo;ai toujours pr&eacute;f&eacute;r&eacute; prononcer &ccedil;a [pinque], &agrave; la fa&ccedil;on de ma grand-m&egrave;re. Comme dans &laquo;&nbsp;<em>junte Birmane<\/em>&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;<em>Attila le Hun<\/em>&nbsp;&raquo; ou encore &laquo;&nbsp;<em>dictature de la munceur<\/em>&nbsp;&raquo; (pour rester dans le m&ecirc;me ordre d&rsquo;avanies). A ce que je sache, &laquo;&nbsp;<em>lundi<\/em>&nbsp;&raquo; ne se prononce pas [<em>leunedi<\/em>], on dit [<em>lindi<\/em>], comme dans l&rsquo;expression courante [<em>faichierdejalindi]. <\/em>Pour &eacute;viter tout embrouillement phonique, je continuerai de franciser l&rsquo;orthographe du mot pour la suite de cette bafouille.<\/p>\n<p>Maintenant la question soci&eacute;tale&nbsp;: pourquoi cette survivance du <strong>pinque<\/strong>&nbsp;? Si l&rsquo;on compare le pinque avec un autre courant musical et profond&eacute;ment identitaire comme le finque, par exemple, on ne peut que constater que le pinque se porte &agrave; merveille. Il se porte davantage comme un adepte du slow-food et du yoga postprandial que comme un jinquie accro aux amph&eacute;tamines et &agrave; la bi&egrave;re &eacute;vent&eacute;e. Tandis que la plupart des gloires du finque de jadis ont clabot&eacute; sinon tout court, du moins artistiquement, et que le genre a mut&eacute; en ce qu&rsquo;on peut voir sur M6, le pinque a perdur&eacute; sans changer vraiment. Certes, il y a eu des tr&eacute;pas. Certes, il y a eu des mariages infects (pinque et lambada, pinque et t&eacute;l&eacute;vision&hellip;). Mais le pinque est encore l&agrave;. En fait, il est partout. Chez le fromager, dans le 16&egrave; arrondissement, dans l&rsquo;&oelig;il du canari de ma grand-m&egrave;re lorsqu&rsquo;un moucheron se pose dans sa cage. &nbsp;<\/p>\n<p>Alors, qui livrer &agrave; la vindicte de <strong>Jean-Pierre Pernaud<\/strong>&nbsp;? Qui a initi&eacute; le pinque&nbsp;? Pour la plupart des gens, l&rsquo;infamie revient aux Sex Pistols. Pour les fr&egrave;res a&icirc;n&eacute;s, ce sont plut&ocirc;t les New York Dolls les responsables. Pour les oncles soixante-huitards, c&#39;est le MC5 qui a tout d&eacute;clench&eacute;. Pour les snobs de province, tout a commenc&eacute; avec les Sonics. Pour les contradicteurs d&rsquo;Ile-de-France, le m&eacute;fait est attribuable &agrave; Link Wray. Au Vatican, on bl&acirc;me g&eacute;n&eacute;ralement Ca&iuml;n, sur la base de la tablature retrouv&eacute;e parmi les manuscrits de la Mer Morte et intitul&eacute;e &laquo;&nbsp;<em>Nique Mon Frangin Velu<\/em> &raquo; (les annotations originales sont en verlan h&eacute;breu). A l&rsquo;Acad&eacute;mie Fran&ccedil;aise, on pr&eacute;tend que le premier morceau pinque serait &laquo;&nbsp;<em>Je Suis Tomb&eacute; Par Terre, C&rsquo;est La Faute &agrave; Voltaire<\/em>&nbsp;&raquo;, le tube des barricades, par Gavroche. <\/p>\n<p>Mais &ccedil;a ne r&eacute;pond pas &agrave; notre question de d&eacute;part ou presque. Pourquoi le pinque a t-il perdur&eacute;, alors m&ecirc;me que son turbulent rejeton le gringe n&rsquo;a pas dur&eacute; dix ans ? En trois points, s&rsquo;il vous pla&icirc;t. Il est notoire que le pinque m&eacute;prise tout ce qui va chercher plus loin que le chiffre trois. &nbsp;<\/p>\n<p>La raison principale de la long&eacute;vit&eacute; du pinque r&eacute;side selon moi dans le fait qu&rsquo;il n&rsquo;a pas tellement chang&eacute;. Il est rest&eacute; con comme un balai. Pareil aux gens, en somme. Ceci explique cela. Le pinque ne s&rsquo;est jamais pris pour un malin comme le rap (avec ses allit&eacute;rations foireuses et son usage abusif du dictionnaire des synonymes), la techno (avec son c&ocirc;t&eacute; &laquo;&nbsp;<em>mon logiciel a co&ucirc;t&eacute; plus cher que le tien<\/em>&nbsp;&raquo;), le heavy metal (avec son c&ocirc;t&eacute; &laquo;&nbsp;<em>mon solo est plus rapide que le tien<\/em>&nbsp;&raquo;) ou le gringe (avec sa pose &laquo;&nbsp;<em>je suis trop pur pour bien vivre mon succ&egrave;s&nbsp;de chanteur tortur&eacute;<\/em> &raquo;). &nbsp;<\/p>\n<p>Il y a aussi la question de l&rsquo;accoutrement. Ca a tout de m&ecirc;me plus de gueule de tra&icirc;ner des pieds tout de cuir et d&rsquo;&eacute;pingles v&ecirc;tu que de d&eacute;ambuler dans un jogging informe en trimballant quinze kilos de joaillerie de contrefa&ccedil;on chinoise. Avant &ccedil;a, c&rsquo;&eacute;taient les coupes de cheveux impossibles et les contenances pr&eacute;cieuses de romantiques manucur&eacute;s qui croyaient avoir invent&eacute; le fond de teint. Entre ces deux &eacute;poques aberrantes, la mode &eacute;tait aux cheveux gras, aux t-shirts &agrave; manches longues et aux jeans trou&eacute;s. Pour ce qui est des gens qui font de la techno, on ne saurait dire&hellip; Ils sortent de chez eux, parfois&nbsp;? <\/p>\n<p>En dernier lieu, prenons donc en compte le contexte politique. Allez, quoi, y&rsquo;a pas que les fringues dans la vie. De quelque c&ocirc;t&eacute; qu&rsquo;on regarde, on ne voit qu&rsquo;intimidation, supercherie, populisme, censure, vice&hellip; La faute &agrave; Voltaire&nbsp;? Pas vraiment&#8230; Quoi qu&rsquo;il en soit, il est certain que le caract&egrave;re g&eacute;n&eacute;ralement naus&eacute;abond de la politique ne fait rien pour dissuader les jeunes de la tentation anarchiste, dont l&rsquo;incarnation musicale est le pinque, avec son attitude &laquo;&nbsp;do it yourself&nbsp;&raquo;&#8230; &nbsp;<\/p>\n<p>Toujours est-il qu&rsquo;on ne peut plus d&eacute;sormais botter dans une canette de bi&egrave;re vide sans toucher un pinque. On ne peut plus acheter de p&acirc;t&eacute; de marcassin sans se faire d&eacute;visager haineusement par une caissi&egrave;re n&eacute;crophile. On ne peut plus arroser ses b&eacute;gonias sans renifler une crotte de pitbull. C&rsquo;en est franchement fatigant &agrave; la longue. On en viendrait presque &agrave; avoir envie de se faire inviter &agrave; prendre un caf&eacute; chez une amie institutrice, rien que pour y entendre une chanson intimiste ultra chiante &agrave; la Jeanne Cherhal qui nous rappellerait quel effet &ccedil;a fait de craindre &agrave; mort. &nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<strong>Horseface O&rsquo;Brien<\/strong><em><strong>Amicale Lycanthropique de Cornouailles<\/strong><\/em><em><strong>&nbsp;<\/strong><\/em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils sont plombiers, boulangers, couturiers. Ils travaillent &agrave; la RATP, &agrave; Canal +, &agrave; la Poste. Ils portent des t-shirt Ramones, Buzzcocks ou Damned. Ils vous emmerdent, esp&egrave;ce de connard! 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