{"id":150,"date":"2008-03-12T00:00:00","date_gmt":"2008-03-11T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=150"},"modified":"2008-03-12T00:00:00","modified_gmt":"2008-03-11T23:00:00","slug":"turn-on-tune-in-drop-out","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=150","title":{"rendered":"Turn on, tune in, drop out !"},"content":{"rendered":"<p>Par les temps qui courent,&nbsp; on se prend &agrave; r&ecirc;ver d&#39;une &eacute;poque o&ugrave;,&nbsp;entre partouzes et voyages cosmiques (pendant&nbsp;!?), on exorcisait le Pentagone. On montait une conf&eacute;rence de presse pour annoncer qu&#39;on ferait l&eacute;viter le b&acirc;timent &agrave; hauteur de 9.000 m&egrave;tres et pr&eacute;dire que la guerre du Vietnam prendrait fin sit&ocirc;t qu&#39;il se mettrait &agrave; vibrer et &agrave; tourner &agrave; l&#39;orange. Oui, madame, monsieur, on l&#39;a d&eacute;clar&eacute;&hellip; et on l&#39;a fait&nbsp;! Y&#39;en a m&ecirc;me qui disent qui l&#39;ont vu voler&hellip;<!--more--><\/p>\n<p><strong>Michael Bowen<\/strong> est une des personnalit&eacute;s les plus respect&eacute;es du <strong>Haight-Ashbury<\/strong>, quartier bon march&eacute; de San Francisco qui accueille tous ceux que le gouverneur de la Californie, Ronald Reagan, d&eacute;finit par la charade: &laquo;<em>&nbsp;les habits de Tarzan, les cheveux longs de Jane et la m&ecirc;me odeur que Cheetah&nbsp;&raquo;:<\/em> les <strong>hippies<\/strong>. Accueillir n&#39;est pas un vain mot puisque, outre les <em>crash pads<\/em>, on trouve au Haight-Ashbury une clinique gratuite et une &eacute;picerie gratuite tenue par les <em>Diggers<\/em> (groupe de lurons venus du th&eacute;&acirc;tre de rue et pr&ecirc;chant la gratuit&eacute; comme forme de lib&eacute;ration vis-&agrave;-vis du syst&egrave;me social), et que des repas gratuits sont servis par ces m&ecirc;mes Diggers tous les jours de l&#39;automne 1966 &agrave; l&#39;automne 1967 dans le parc de San Francisco.<\/p>\n<p>Bowen, donc, est le peintre &laquo;&nbsp;<em>phare<\/em>&nbsp;&raquo; du mouvement psych&eacute;d&eacute;lique, dans le sens de &laquo; <em>lumi&egrave;re protectrice &eacute;blouissante irradiant de sa bienveillance sacr&eacute;e les flux d&#39;&eacute;nergie sur lesquels voguent nos destins entrelac&eacute;s<\/em> &raquo;. Ses toiles, d&eacute;bordant de symboles occultes et de couleurs p&eacute;tantes, ne font aucun myst&egrave;re de la source d&#39;inspiration de l&#39;artiste. Bowen fait partie des &laquo;&nbsp;<em><strong>psychedelic rangers<\/strong><\/em>&nbsp;&raquo;, un groupe de pros&eacute;lytes du LSD dirig&eacute; par le &laquo;&nbsp;<em>gourou<\/em>&nbsp;&raquo; John Starr Cooke. Cooke n&#39;est pas de ces profs d&#39;EPS gourou-isants qu&#39;on a tous eu au coll&egrave;ge. Il a des relations- sa soeur Alice est mari&eacute;e &agrave; Roger Kent, un membre haut plac&eacute; du parti d&eacute;mocrate californien; le fr&egrave;re de celui-ci, Sherman, est responsable des pr&eacute;visions budg&eacute;taires de la CIA. Cooke est &eacute;galement, du moins pour un certain temps, le confident de L. Ron Hubbard, fondateur de l&#39;&eacute;glise de Scientologie. Avant de s&#39;installer &agrave; Cuernavaca au Mexique au milieu des ann&eacute;es 60, Cooke se la joue voyant en Californie. On raconte qu&#39;il est le possesseur d&#39;un jeu de tarot annot&eacute; par <strong>Aleister Crowley<\/strong>, le fameux sorcier rosbif qui a compos&eacute; &laquo;&nbsp;&nbsp;<em>Sympathy For The Devil<\/em>&nbsp;&raquo; et le g&eacute;n&eacute;rique de Buffy contre les Vampires au d&eacute;but du 20&egrave; si&egrave;cle. On pr&eacute;tend aussi que John Starr peut activer les <strong>shakti<\/strong> (l&#39;&eacute;nergie kundalini), de sorte que quand il vous touche la colonne vert&eacute;brale, il se passe un truc (triple orgasme? Le petit dans le chien? Pouvoir de commander aux laitues..?) Quoi qu&#39;il en soit, la rencontre de Cooke avec <strong>l&#39;acide lysergique di&eacute;thylamide<\/strong> r&eacute;sulte en la cr&eacute;ation d&#39;un ordre de rangers charg&eacute;s de distribuer la substance aux personnes jug&eacute;es influentes. &nbsp;<\/p>\n<p>C&#39;est ainsi que Michael Bowen initie <strong>Jerry Rubin<\/strong> au LSD. Rubin est un activiste de gauche qui ne tient pas en place. Il faisait partie des instigateurs de la manifestation du <strong>Vietnam Day<\/strong> de l&#39;universit&eacute; de Berkeley, marchant en t&ecirc;te du cort&egrave;ge destin&eacute; &agrave; bloquer les voies ferr&eacute;es pour retarder le transport de troupes. Appel&eacute; &agrave; r&eacute;pondre de ses actes devant la <strong>HUAC<\/strong> (<strong>House of Un-American Activities Committee<\/strong>) &#8211; apr&egrave;s avoir pass&eacute; un mois en prison-, Rubin p&eacute;n&egrave;tre dans la salle d&#39;audience v&ecirc;tu en uniforme de la r&eacute;volution am&eacute;ricaine: &laquo;&nbsp;<em>je porte cet uniforme pour symboliser le fait que l&#39;Am&eacute;rique est n&eacute;e de la r&eacute;volution, mais qu&#39;aujourd&#39;hui l&#39;Am&eacute;rique fait violence &agrave; son propre pass&eacute; en refusant le droit des autres &agrave; la r&eacute;volution<\/em>&nbsp;&raquo;, d&eacute;clare t-il aux journalistes apr&egrave;s la s&eacute;ance. Ce premier coup d&#39;&eacute;clat fait la premi&egrave;re page des journaux &agrave; travers le pays, et &eacute;veille suffisamment de sympathie envers son auteur pour lui permettre de r&eacute;colter 22% des votes pour la municipalit&eacute; de Berkeley l&#39;ann&eacute;e suivante. Il attire &eacute;galement l&#39;attention de <strong>David Dellinger<\/strong>, directeur de la <strong>National Mobilization to End the War in Vietnam (ou MOBE<\/strong>)&hellip; Nous sommes alors au printemps 1967&hellip; Le pr&eacute;sident Johnson continue d&#39;envoyer des troupes au Vietnam. La guerre fait 500 victimes par mois en moyenne du c&ocirc;t&eacute; am&eacute;ricain. Une grande manif&#39; anti-guerre est pr&eacute;vue &agrave; Washington DC pour le 21 octobre 1967, mais Dillinger s&#39;inqui&egrave;te. Le <strong>SDS<\/strong> (<strong>Students for a Democratic Society<\/strong>), le parti de la gauche &eacute;tudiante, a menac&eacute; de ne pas en &ecirc;tre, pour, selon le communiqu&eacute;, ne pas participer de la fausse croyance selon laquelle ce type d&#39;&eacute;v&egrave;nement exerce la moindre influence sur la politique du gouvernement. L&#39;autre probl&egrave;me, c&#39;est que le MOBE doit f&eacute;d&eacute;rer pas moins de 150 groupes anti-guerre d&#39;id&eacute;ologies diverses, certains plus radicaux que d&#39;autres. En d&eacute;sespoir de jeunesse et de coh&eacute;sion, Dillinger voit en Rubin la figure populaire susceptible de rameuter du sang neuf pour l&#39;occasion. Pour s&eacute;duire les &eacute;l&eacute;ments radicaux, le MOBE annonce un plan de marche sur le Pentagone apr&egrave;s le d&eacute;fil&eacute; devant le m&eacute;morial d&eacute;di&eacute; &agrave; Lincoln. L&#39;organisation de cette marche sur le Pentagone &eacute;choit &agrave; Jerry Rubin, qui s&#39;envole derechef &agrave; New York pour y rencontrer Dellinger. <\/p>\n<p>&nbsp;Outre Dellinger, Jerry Rubin fait &agrave; New York la connaissance de <strong>Abbie Hoffman<\/strong>. Les deux sont faits pour s&#39;entendre. Abbie Hoffman est aussi un activiste de gauche; lui aussi est amateur de substances psych&eacute;d&eacute;liques; les deux hommes affectionnent le th&eacute;&acirc;tralisme des Diggers; enfin, Hoffman &eacute;tait impliqu&eacute; dans la mise en place du human be-in de New York au printemps 1967, un grand rassemblement pacifique sur le mod&egrave;le du premier human be-in de San Francisco du 14 janvier 1967 &eacute;chafaud&eacute; par les psychedelic rangers et auquel a particip&eacute; Jerry Rubin. Les comp&egrave;res s&#39;accordent &agrave; penser que la contre-culture devrait se servir des m&eacute;dias au lieu de les bouder comme elle le fait. La marche sur le <strong>Pentagone<\/strong> se doit de marquer les esprits. <\/p>\n<p>Or Jerry Rubin se rem&eacute;more ce que lui a dit Bowen lors de son premier trip au LSD, avertissement que lui-m&ecirc;me tient d&#39;un clochard c&eacute;leste du nom de <strong>Charlie Brown<\/strong>: selon ce Charlie Brown (qui n&#39;est pas celui de <strong>Peanuts<\/strong>), l&#39;&eacute;toile &agrave; cinq branches que forment le Pentagone et la m&eacute;daille d&#39;honneur de l&#39;arm&eacute;e am&eacute;ricaine est un symbole alchimique associ&eacute; au meurtre, &agrave; la guerre et &agrave; l&#39;apocalypse; il pr&eacute;tend par ailleurs que le Pentagone a &eacute;t&eacute; construit sur un mar&eacute;cage autrefois appel&eacute; <strong>Hell&#39;s Bottom<\/strong>; enfin, le b&acirc;timent serait circonscrit par cinq sources de pollution majeures: deux autoroutes, un cimeti&egrave;re de guerre, un centre de traitement des eaux us&eacute;es et la peu salubre rivi&egrave;re Potomac. Selon Bowen, &ccedil;a ne fait pas un pli: le Pentagone doit &ecirc;tre encercl&eacute; puis exorcis&eacute; pour le bien de l&#39;Am&eacute;rique. Ni une, ni deux, Hoffman et Rubin organisent une conf&eacute;rence de presse annon&ccedil;ant leur intention d&#39;exorciser le Pentagone selon le rituel indiqu&eacute; plus haut. &nbsp;<\/p>\n<p>Le jour venu, pas moins de 75.000 manifestants se rassemblent devant le m&eacute;morial d&eacute;di&eacute; &agrave; Lincoln, dont moult mages, devins, sorciers, druides et autres jeteurs de sorts pr&eacute;figurant World Of Warcraft&hellip; Plus les <strong>Fugs<\/strong>, groupe de rock loufoque qui sera &eacute;galement de la manifestation de Chicago en 1968. Apr&egrave;s avoir d&eacute;fil&eacute; devant le Lincoln Memorial, une bonne partie de ces 75.000 personnes traverse le Arlington Memorial Bridge pour se rendre au Pentagone. Selon <strong>Dave Lindorff<\/strong>, jeune manifestant &agrave; l&#39;&eacute;poque, &laquo;&nbsp;<em>l&#39;ambiance &eacute;tait joyeuse. Je n&#39;avais jamais vu autant de hippies et de gauchistes en un endroit.&nbsp;Quand on est arriv&eacute;s sur le parking, tout le monde s&#39;est mis &agrave; courir vers le Pentagone. Je suis all&eacute; devant et nous avons couru le long des escaliers de pierre jusqu&#39;&agrave; un espace &eacute;lev&eacute; qui ressemblait un peu &agrave; un centre commercial et o&ugrave; nous attendaient des milliers de soldats avec des ba&iuml;onnettes. Ils ont recul&eacute; pour bloquer les portes du b&acirc;timent, donc clairement ils n&#39;avaient pas re&ccedil;u l&#39;ordre de nous tirer dessus. C&#39;&eacute;tait incroyablement euphorisant. [&#8230;] On pouvait voir les g&eacute;n&eacute;raux sur le toit, l&#39;air pr&eacute;occup&eacute;.&nbsp;&raquo; Malgr&eacute; la soldatesque, les manifestants encerclent le Pentagone et commencent &agrave; chanter, danser, se d&eacute;shabiller, rouler des joints, bref, exorciser de fa&ccedil;on compl&egrave;tement pa&iuml;enne le symbole le plus imposant de cette Am&eacute;rique va t-en guerre qu&#39;ils rejettent en bloc. Ed Saunders des Fugs pr&eacute;side &agrave; l&#39;exorcisme en faisant chanter &agrave; la foule: &laquo;&nbsp;Out, demons, out&nbsp;&raquo; puis en lisant un po&egrave;me &eacute;crit pour l&#39;occasion par Allen Ginsberg (alors en Italie), intitul&eacute; &laquo;&nbsp;No Taxation Without Representation<\/em>&nbsp;&raquo;: <\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;<em><strong>Who represents my body inPentagon? <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Who spends my spirit&#39;s billions for war manufacture? <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Who levies the majority to exult unwilling in bomb roar? <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>&quot;Brainwash!&quot; Mind fear! Governor&#39;s language! <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>&quot;Military-industrial complex!&quot; President&#39;s language! [&#8230;]<\/strong><\/em>&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>On chante des slogans &agrave; la gloire du <strong>Che<\/strong> qui a &eacute;t&eacute; abattu quelques semaines plus t&ocirc;t. Un audacieux agite un drapeau du Viet-Cong. Les organisateurs avaient souhait&eacute; larguer cent kilos de marguerites sur le Pentagone (l&#39;op&eacute;ration est financ&eacute;e par la soeur de William Mellon Hitchcock, le millionnaire philanthrope sur la propri&eacute;t&eacute; duquel les professeurs d&eacute;chus de Harvard,Timothy Leary et Richard Alpert ,poursuivent leurs recherches sur le LSD), mais l&#39;attentat &agrave; la fleur est d&eacute;jou&eacute; par le FBI. Les agents de Hoover d&eacute;couvrent une annonce suspecte dans la feuille de chou hippie le East Village Other. Ils y r&eacute;pondent en se faisant passer pour le pilote d&#39;avion recherch&eacute;. Le jour de la manif&#39;, aucun pilote ne se pointe &agrave; l&#39;a&eacute;roport. <strong>Michael Bowen<\/strong> se retrouve avec deux quintaux de fleurs sur les bras. Loin de se laisser abattre, il prend la route du Pentagone avec sa cargaison. Les fleurs sont distribu&eacute;es &agrave; la ronde. Elles seront tendues devant les visages des soldats, gliss&eacute;es dans les canons de leurs fusils. Une aubaine pour les photographes. Certaines de ces photos resteront c&eacute;l&egrave;bres. &nbsp;<\/p>\n<p>A la fin de la journ&eacute;e, la presse a d&eacute;camp&eacute;. N&#39;y tenant plus, les soldats repoussent les manifestants vers la police qui intervient au gaz lacrymog&egrave;ne. Environ 800 personnes sont arr&ecirc;t&eacute;es, parmi lesquelles les intellectuels Norman Mailer et Noam Chomsky. Malgr&eacute; cela, et malgr&eacute; le fait que le Pentagone n&#39;ait ni l&eacute;vit&eacute; ni tourn&eacute; &agrave; l&#39;orange, l&#39;exorcisme du Pentagone est un succ&egrave;s. Rubin ne s&#39;y trompe pas, qui affirmera plus tard que : &laquo;&nbsp;<em>Nous avions symboliquement d&eacute;truit le Pentagone, le symbole de la machine de guerre, en lan&ccedil;ant du sang dessus, en pissant dessus, en dansant dessus [&#8230;]. C&#39;&eacute;tait un assaut culturel total contre le Pentagone. Les m&eacute;dias avaient propag&eacute; l&#39;information dans tout le pays et des tas de gens s&#39;identifiaient &agrave; nous, les assaillants.&nbsp;&raquo; <\/em><\/p>\n<p>L&#39;&eacute;v&egrave;nement inspire &eacute;galement <strong>Norman Mailer<\/strong>, qui &eacute;crit un compte-rendu intitul&eacute; &laquo; <em>Les Arm&eacute;es de La Nuit<\/em>&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;<em>Voil&agrave;, enfin, apr&egrave;s des ann&eacute;es de rapports insipides de la part des explorateurs religieux du LSD, alors que le seul fruit publiquement annonc&eacute; ou m&ecirc;me sugg&eacute;r&eacute; de tous les voyages de cet <strong>Atlantis<\/strong> enfoui qu&#39;est le LSD &eacute;tait une vague aura de religiosit&eacute; de sainte-nitouche Tib&eacute;taine, soudainement une g&eacute;n&eacute;ration enti&egrave;re de gobeurs d&#39;acide paraissait avoir dit au revoir aux visions faciles du paradis, non, maintenant les sorci&egrave;res &eacute;taient arriv&eacute;es, avec leurs rites d&#39;exorcisme et les terreurs profondes de la nuit [&#8230;] Les hippies &eacute;taient pass&eacute;s du Tibet au Christ, puis du Christ au Moyen-&Acirc;ge, et maintenant c&#39;&eacute;taient des Alchimistes R&eacute;volutionnaires<\/em>.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>Autre effet direct de la marche du Pentagone: elle r&eacute;concilie les hippies avec l&#39;activisme politique de leurs cousins &laquo;&nbsp;politicos&nbsp;&raquo; (ne serait-ce que provisoirement). &laquo;&nbsp;<em>Ce qu&#39;ils partageaient, peut-&ecirc;tre<\/em>, continue Mailer, <em>c&#39;&eacute;tait la croyance heureuse et informul&eacute;e que la politique &eacute;tait redevenue myst&eacute;rieuse, qu&#39;elle recommen&ccedil;ait &agrave; participer du Myst&egrave;re [&#8230;] La nouvelle g&eacute;n&eacute;ration croyait en la technologie davantage qu&#39;aucune g&eacute;n&eacute;ration avant elle, mais elle croyait aussi au LSD, aux sorci&egrave;res, au savoir tribal, &agrave; l&#39;orgie et &agrave; la r&eacute;volution.<\/em>&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Enfin, le 21 octobre 1967 donne naissance &agrave; ceux qu&#39;on a appel&eacute; &laquo;&nbsp;<em><strong>la gauche psych&eacute;d&eacute;lique&nbsp;<\/strong><\/em>&raquo;. Le ph&eacute;nom&egrave;ne m&eacute;diatique qui en d&eacute;coule fait comprendre &agrave; Jerry Rubin qu&#39; &laquo;&nbsp;<em>un &eacute;v&eacute;nement n&#39;existe pas avant d&#39;&ecirc;tre annonc&eacute; par les m&eacute;dias. Une fois que les m&eacute;dias annoncent quelque chose, c&#39;est un &eacute;v&eacute;nement, que ce quelque chose ait eu lieu ou non.&nbsp;<\/em>&raquo; La marche du Pentagone lui apprend &laquo;&nbsp;<em>qu&#39;on pouvait construire un mouvement en d&eacute;boulonnant les symboles de l&#39;Am&eacute;ri<br \/>\nue&nbsp;<\/em>&raquo;. Rubin et Hoffman passent le restant de l&#39;ann&eacute;e <strong>1967<\/strong> ensemble &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir aux formes qu&#39;ils souhaitent donner &agrave; leur engagement. Ils parviennent &agrave; la conclusion que dans une soci&eacute;t&eacute; obs&eacute;d&eacute;e par l&#39;&nbsp; &laquo;&nbsp;entertainement&nbsp;&raquo;, le meilleur moyen de faire passer leur message consiste &agrave; se livrer &agrave; une surench&egrave;re de friponneries spectaculaires. Abbie Hoffman: &laquo;&nbsp;<em>Nous nous &eacute;lancerions contre le canevas de la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine comme des gerbes de peinture &eacute;clabouss&eacute;e. Les images deviendraient nouvelles et les comm&egrave;res se pr&eacute;cipiteraient pour propager l&#39;excitation.&nbsp;<\/em>&raquo; Un cri de guerre est trouv&eacute; en 1968 par <strong>Paul Krassner<\/strong>, &eacute;diteur du <strong>Realist<\/strong>, magazine satirique de la contre-culture: &laquo;&nbsp;<strong><em>Yippie<\/em><\/strong>&nbsp;&raquo;! Tr&egrave;s vite, le cri devient substantif, puis acronyme (&laquo;&nbsp;<em>Youth International Party<\/em>&nbsp;&raquo;). &nbsp;<\/p>\n<p>Les <em><strong>Yippies<\/strong><\/em> s&#39;illustrent d&eacute;but 1968 en effectuant divers actes de subversion tels qu&#39;aller &agrave; l&#39;&eacute;glise en tenue d&#39;Adam, br&ucirc;ler des billets de banque &agrave; Wall Street ou encore envoyer des cartes de St-Valentin contenant de la marijuana &agrave; des personnes tir&eacute;es au sort dans l&#39;annuaire. Les Yippies ne sont pas &agrave; proprement parler une organisation politique. On ne fait pas &laquo;&nbsp;<em>partie<\/em>&nbsp;&raquo; des Yippies. Les Yippies n&#39;ont pas de programme. Juste des formules. &laquo;&nbsp;<em>L&#39;argent, c&#39;est fini<\/em>&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;<em>De l&#39;acide pour tous<\/em>!&nbsp;&raquo; par exemple. Ils ne s&#39;inscrivent pas dans une action politique coh&eacute;rente et claire. Selon Hoffman, &laquo;&nbsp;<em>C&#39;est surtout une affaire de .gendarmes et de voleurs. Tu te d&eacute;fonces, tu notes les id&eacute;es dans ta t&ecirc;te et ensuite tu les ex&eacute;cutes<\/em>.&nbsp;&raquo; Cependant ils sont populaires. Ils sont les personnalit&eacute;s les plus m&eacute;diatis&eacute;es de la contre-culture. A telle enseigne que le &laquo;&nbsp;ministre&nbsp;&raquo; de l&#39;information des Black Panthers, Elridge Cleaver, approche Rubin et Hoffman. Ensemble ils &eacute;laborent un manifeste appel&eacute; le &laquo;&nbsp;<em>Panther Yippe Pipe Dream&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em>&laquo;&nbsp;<em><strong>Dans les rues! Rejoignons ces &acirc;mes en Babylone qui travaillent &agrave; <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>la naissance d&#39;un jour nouveau. Une g&eacute;n&eacute;ration r&eacute;volutionnaire <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>est <\/strong><\/em><em><strong>entr&eacute;e en sc&egrave;ne. [&#8230;] Les jeunes blancs d&eacute;senchant&eacute;s, ali&eacute;n&eacute;s, les<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>&nbsp;<\/strong><\/em><em><strong>hippies, les yippies et tous les laiss&eacute;s pour compte anonymes du fardeau <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>de l&#39;homme blanc, sont nos alli&eacute;s dans cette cause<\/strong><\/em>&nbsp;&raquo;. &nbsp;<\/p>\n<p>Le grand projet des Yippies, c&#39;est un &laquo;&nbsp;<em>Festival de la Vie<\/em>&nbsp;&raquo; pr&eacute;vu se d&eacute;rouler dans le cadre de la convention d&eacute;mocrate de Chicago. Au cours des mois pr&eacute;c&eacute;dant la convention, les Yippies font grimper la tension des gros bonnets Chicagoans en annon&ccedil;ant tabler sur un million de participants (il n&#39;en viendra qu&#39;une dizaine de milliers) et en d&eacute;taillant &agrave; la presse les activit&eacute;s pr&eacute;vues lors du festival: concerts de rock, lectures de po&eacute;sie, concours de roulage de joints, &eacute;lection de miss Yippie et nomination de leur propre candidat &agrave; la pr&eacute;sidence: un cochon appel&eacute; &laquo;&nbsp;<em><strong>Pigasus<\/strong><\/em>&nbsp;&raquo;. Si Pigasus l&#39;emporte, il se fera bouffer, ceci afin d&#39;inverser le processus &laquo;&nbsp;<em>ordinaire<\/em>&nbsp;&raquo; selon lequel le pr&eacute;sident nouvellement &eacute;lu se met &agrave; bouffer tout le monde. Les autorit&eacute;s flippent; la rumeur se r&eacute;pand que les &laquo;&nbsp;<em>sauvageons<\/em>&nbsp;&raquo; pr&eacute;voient de d&eacute;verser du LSD dans les r&eacute;servoirs d&#39;eau de la ville. Le maire Richard Daley prend des mesures drastiques : outre 12.000 policiers, 6.000 membres de la garde nationale et 6.000 soldats de l&#39;arm&eacute;e sont appel&eacute;s en renfort. La suite est connue. Le &laquo;&nbsp;<em>Festival de la Vie&nbsp;&raquo;<\/em> est un d&eacute;sastre complet (<em><strong>voir l&#39;article &laquo;&nbsp;The Us Vs John Lennon&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em> <em><strong>sur ce m&ecirc;me site<\/strong><\/em>). Pour la plupart des historiens, le grand passage &agrave; tabac de Chicago marque la fin des ann&eacute;es soixante. Apr&egrave;s Chicago, les mouvements de gauche aux Etats-Unis se radicalisent. Moins de dix mois apr&egrave;s avoir vu le jour, le grand &eacute;lan d&#39;optimisme g&eacute;n&eacute;r&eacute; par la marche du <strong>Pentagone<\/strong> est stopp&eacute; tout net. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nichachien Reilly<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sources<\/strong>: <em><strong>principalement Acid Dreams, the Complete Social History of LSD par Martin A. Lee et Bruce Shlain, Grove Press Books, New York, 1985, 1992, lecture chaudement recommand&eacute;e<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>The Summer Of Love, Haight Ashbury At Its Highest par Gene Anthony, Last Gasp, San Francisco, 1980, 1986, 1995, pour une partie des infos sur Michael Bowen, Charlie Brown, les Diggers et la Free Clinic de San Francisco<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>The Hippies And American Values par Timothy Miller, University Of Tennesse Press, Knoxville, 1991 pour une petite partie des infos sur les Yippies<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>article de Rolling Stone &laquo;&nbsp;The Pentagon March&nbsp;&raquo;, 1992, disponible sur internet, pour la citation de Dave Lindorff<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>The Beat Book, writings from the Beat Generation, edit&eacute; par Anne Waldman, Shambhala, Boston, 1999, pour les premi&egrave;res lignes du po&egrave;me de Ginsberg<\/strong><\/em><em><strong>&nbsp;<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>Traductions de Nichachien Reilly <\/strong><\/em>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par les temps qui courent,&nbsp; on se prend &agrave; r&ecirc;ver d&#39;une &eacute;poque o&ugrave;,&nbsp;entre partouzes et voyages cosmiques (pendant&nbsp;!?), on exorcisait le Pentagone. On montait une conf&eacute;rence de presse pour annoncer qu&#39;on ferait l&eacute;viter le b&acirc;timent &agrave; hauteur de 9.000 m&egrave;tres et pr&eacute;dire que la guerre du Vietnam prendrait fin sit&ocirc;t qu&#39;il se mettrait &agrave; vibrer [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":151,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":["post-150","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-terra-incognita"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/150","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=150"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/150\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/151"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=150"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=150"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=150"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}