{"id":154,"date":"2008-04-04T00:00:00","date_gmt":"2008-04-03T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=154"},"modified":"2008-04-04T00:00:00","modified_gmt":"2008-04-03T23:00:00","slug":"new-york-sauvee-des-maux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=154","title":{"rendered":"New York sauv\u00e9e des maux ?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;Ne vous laissez pas abuser par le mascara de votre agente de voyages: New York, &ccedil;a reste une destination peu salubre. Neuf mois sur douze, la ville n&#39;est qu&#39;un tas de d&eacute;combres fumants. <!--more--><\/p>\n<p>Quand, en France, on r&acirc;le sur les d&eacute;jections canines, &agrave; des milliers de kilom&egrave;tres de l&agrave;, les New-Yorkais se coltinent des entit&eacute;s hostiles qui te leur bousillent leurs immeubles et leur congestionnent la voie publique. On en vient m&ecirc;me &agrave; plaindre le personnel de voirie. L&#39;invasion de monstre gratte-cielivore est la 2&egrave; cause de mortalit&eacute; &agrave; New York juste apr&egrave;s le travail&nbsp;! Il est devenu extr&ecirc;mement co&ucirc;teux de souscrire &agrave; une assurance &laquo;&nbsp;<em>invasion mutante ou extraterrestre<\/em>&nbsp;&raquo; de cat&eacute;gorie A. Surtout pour les gens laids. <\/p>\n<p>Derni&egrave;rement encore, la ville &eacute;tait d&eacute;vast&eacute;e par une tarentule g&eacute;ante dont personne n&#39;a su ce qu&#39;elle venait foutre l&agrave; ni d&#39;o&ugrave; elle sortait. Une de ces bestioles que n&#39;&eacute;meut pas un essaim d&#39;exocets. Le molestage au bazooka ne donnant rien sinon des vagissements de paquebot- garou, il fallut r&eacute;utiliser la formule d&#39;Oppenheimer. Par chance, le gars qui avait repouss&eacute; la derni&egrave;re invasion des Jupit&eacute;riens la portait encore sur le revers de la manche de son veston. &nbsp;<\/p>\n<p>L&#39;infestation de New York a commenc&eacute; en 1933 avec un singe en rut. Libre sur son &icirc;le inexplor&eacute;e, il fol&acirc;trait dans la brume au chant des mainates quand l&#39;homme blanc, sp&eacute;cimen dou&eacute; de connerie, d&eacute;barqua avec ses fusils et ses filets. L&#39;homme blanc pensait que ce sp&eacute;cimen d&eacute;cupl&eacute; de primate ferait la joie des enfants et le rougissement des m&eacute;nag&egrave;res au zoo de New York. Patatras! D&eacute;j&agrave; que le macaque de base surclasse l&#39;Houdini de jadis en termes d&#39;&eacute;vasion, alors pensez! Un gorille de quinze m&egrave;tres, &ccedil;a n&#39;allait pas rester encag&eacute; jusqu&#39;aux calendes. Le lubrique animal s&#39;&eacute;chappa et, &agrave; d&eacute;faut de trouver juge ou petite vieille &agrave; son gabarit, copula avec l&#39;Empire State Building. Pour ne pas traumatiser l&#39;Am&eacute;rique pudibonde avec ces d&eacute;hanchements en avance sur la musique populaire, les cameramen d&eacute;p&ecirc;ch&eacute;s sur place re&ccedil;urent pour consigne de cadrer la b&ecirc;te au-dessus de la ceinture. Ainsi naquit le &laquo;&nbsp;plan am&eacute;ricain&nbsp;&raquo; sur lequel reposeraient plus tard les carri&egrave;res enti&egrave;res d&#39;une ribambelle de p&eacute;tasses aux d&eacute;collet&eacute;s hormonalement modifi&eacute;s.<\/p>\n<p>Le gorille luxurieux ouvrit la voie aux calamit&eacute;s de toutes sortes. En comparaison, les fl&eacute;aux d&#39;Egypte font office de simple privation de dessert. Extraterrestres, apparatchiks, dinosaures, m&eacute;t&eacute;orites, bouffon vert, virus, robots, refroidissement climatique, Mariah Carey ou bonhomme Marshmallow&#8230; On dirait que les plus immondes p&eacute;rils se passent le(s) &laquo;&nbsp;maux&nbsp;&raquo; depuis trois quarts de si&egrave;cle. Prenez une abomination comme Godzilla&hellip; R&eacute;sident des eaux territoriales japonaises dont il appr&eacute;cie la haute teneur en plancton radioactif, d&eacute;tracteur acharn&eacute; de l&#39;architecture Tokyo&iuml;te, on croyait le saurien r&eacute;tif aux voyages de destruction culturels. Et pourtant! &Eacute;ternellement ballonn&eacute; par un Hiroshima mal dig&eacute;r&eacute;, le monstre entreprit en 1998 une vill&eacute;giature transatlantique qui se termina en symposium poliorc&eacute;tique. &nbsp;<\/p>\n<p>Ce n&#39;est que fiction, bien s&ucirc;r. De la fiction qui ob&eacute;it &agrave; une recette vieille comme le cin&eacute;ma: transposer l&#39;incarnation d&#39;une angoisse plus ou moins consciente dans un espace tangible et familier. Or, quoi de plus tangible et familier que New York?&nbsp;New York vous en fout plein la tronche avec ses b&acirc;timents gigantesques, ses odeurs de hot-dog, ses sir&egrave;nes d&#39;ambulance et ses citadins hauts en couleur. Et on voit assez de New York sur le petit &eacute;cran tous les jours pour ressentir une familiarit&eacute; de procuration avec ses points de vue les plus embl&eacute;matiques. C&#39;est peut-&ecirc;tre l&#39;une des raisons pour lesquelles les images des attentats du 11 septembre ont cr&eacute;&eacute; une commotion si universelle. &nbsp;<\/p>\n<p>Parlons-en, du 11 septembre! Apr&egrave;s les attentats, Woody Allen lan&ccedil;ait la pierre &agrave; ses coll&egrave;gues r&eacute;alisateurs port&eacute;s sur la pyromanie. On se mit &agrave; penser que plus aucun Jerry Bruckheimer ou Roland Emmerich de ce monde n&#39;oserait refaire p&eacute;ter le moindre &eacute;dicule de Manhattan. C&#39;&eacute;tait faire abstraction de la n&eacute;cessit&eacute; psychologique d&#39;exorciser le traumatisme. Cessa t-on de faire des films de guerre &agrave; Hollywood apr&egrave;s la d&eacute;b&acirc;cle du Vietnam? Au contraire, mon adjudant! La bouche en cul de poule, tous les com&eacute;diens d&#39;Am&eacute;rique se relay&egrave;rent dans les rizi&egrave;res de la catharsis nationale. <\/p>\n<p>Le d&eacute;molissage de New York recommen&ccedil;a donc. Les producteurs observ&egrave;rent une sobri&eacute;t&eacute; melliflue pendant deux ou trois ans, se guettant les uns les autres, attendant de voir qui le premier d&eacute;clencherait l&#39;ire des veuves et sapeurs-pompiers en calendriers. Finalement, n&#39;y tenant plus, Jerry Bruckheimer releva le gant. Sous pr&eacute;texte de sensibiliser les beaufs &agrave; l&#39;&eacute;cologie, il fit d&eacute;ferler un tsunami sur la grosse pomme, suivi d&#39;une vague de froid mortel. Il ins&eacute;ra m&ecirc;me un autodaf&eacute; de livres l&agrave;-dedans. Quand on s&#39;appelle Jerry Bruckheimer, on ne fait pas les choses &agrave; moiti&eacute;. <\/p>\n<p>L&#39;ann&eacute;e suivante marqua le retour, par ordre de malfaisance, de Tom Cruise et des extraterrestres. La guerre des Mondes bousilla le skyline New-Yorkais. 2008 a vu le retour de la b&ecirc;te g&eacute;ante. Ce qui frappe dans cette cin&eacute;matographie catastrophe post 11 septembre, c&#39;est d&#39;abord que le point de vue a chang&eacute;. Les h&eacute;ros de la Guerre des Mondes et de Cloverfield ne sont pas des g&eacute;n&eacute;raux ou des pr&eacute;sidents ou des math&eacute;maticiens; ce sont des gens &laquo;&nbsp;ordinaires&nbsp;&raquo;, victimes des &eacute;v&egrave;nements plut&ocirc;t qu&#39;acteurs; leurs d&eacute;cisions n&#39;influent aucunement sur le contexte&hellip;Ils sont d&eacute;pass&eacute;s par le contexte&nbsp;! Au bout du compte, le p&eacute;ril prend fin sans qu&#39;ils aient particip&eacute; d&#39;aucune mani&egrave;re &agrave; son &eacute;limination. L&#39;int&eacute;r&ecirc;t de ces deux films r&eacute;side dans l&#39;empathie que l&#39;on peut ressentir ou pas envers ces gens &laquo;&nbsp;ordinaires&nbsp;&raquo; pris malgr&eacute; eux dans des circonstances extraordinaires. C&#39;est en ce sens qu&#39;on peut reconna&icirc;tre dans ces films une volont&eacute; cathartique.<\/p>\n<p>Gageons donc que l&#39;on continuera de nous montrer des horreurs d&eacute;truisant New York pendant de longues ann&eacute;es. Au moins, tant que &ccedil;a sera des animaux, des extraterrestres, le climat ou quoi que ce soit qui ne raisonne pas comme un humain, on n&#39;aura pas &agrave; se poser la fameuse question: Mais pourquoi tant de haine? &nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<strong>Teddy d&#39;Montr&eacute;al<\/strong><em><strong>&quot;Un fondu qui travaillait qu&#39;&agrave; la dynamite&quot;<\/strong><\/em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;Ne vous laissez pas abuser par le mascara de votre agente de voyages: New York, &ccedil;a reste une destination peu salubre. 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