{"id":166,"date":"2008-06-20T00:00:00","date_gmt":"2008-06-19T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=166"},"modified":"2008-06-20T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-19T23:00:00","slug":"twin-peaks-genese-dun-culte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=166","title":{"rendered":"Twin Peaks: Gen\u00e8se d&rsquo;un culte"},"content":{"rendered":"<p>Quand on pense &quot;David Lynch&quot; on ne pense pas &quot;Les Bronz&eacute;s font du ski&quot;. On pense &agrave; un charivari capillaire et &agrave; un cin&eacute;ma plus barr&eacute; que la correction de ma copie de maths du baccalaur&eacute;at 98&#8230; quand on ne se fait pas direct un claquage du cerveau! Auteur&nbsp;de films sur lesquels il existe autant de th&eacute;ories que&nbsp;sur l&#39;assassinat de Kennedy ou la nature des &ecirc;tres ayant&nbsp;&eacute;rig&eacute; les statues de l&#39;&icirc;le de P&acirc;ques, le simple fait de l&acirc;cher son nom dans une conversation vous garantit de faire tomber votre interlocuteur en une p&acirc;moison entrecoup&eacute;e de verbiages&nbsp;visant &agrave; vous expliciter les tenants et les aboutissants de telle ou telle sc&egrave;ne&#8230; Dites &agrave; n&#39;importe quel gougnafier que vous avez vu le dernier Lynch et vous le verrez aussit&ocirc;t se transformer&nbsp;en T&eacute;l&eacute;rama&#8230; Ou pire, en Les Inrockuptibles! <!--more--><\/p>\n<p>Rien que pour &ccedil;a, on aurait envie de dire autour de soi des choses comme : &quot;<em>je n&#39;&eacute;changerais pas la filmo enti&egrave;re de David Lynch contre une seule bobine du &quot;Gendarme et les extraterrestres!<\/em>&quot;&quot;. (Et aussi parce qu&#39;il nous les brise menu avec sa m&eacute;ditation transcendentale et son arabica&#8230; &nbsp;Pourquoi pas un shampooing antipelliculaire, tant qu&#39;on y est? ). Voir Cruchot arroser des plagistes extraterrestres avec une lance &agrave; eau, c&#39;est au moins aussi perturbant que de se fader les g&eacute;missements du b&eacute;b&eacute; d&#39;&quot;Eraserhead&quot; en Dolby Surround 6.1&#8230;. Il y a autant d&#39;&eacute;rotisme pervers dans les majorettes Trop&eacute;ziennes que dans &quot;<em><strong>Sailor et Lula<\/strong><\/em>&quot; et&nbsp;&quot;<em><strong>Blue Velvet<\/strong><\/em>&quot; combin&eacute;s. Enfin, le simple fait de voir&nbsp;Galabru et&nbsp; Lefebvre dans un m&ecirc;me plan invalide compl&egrave;tement &quot;<strong><em>Elephant Man<\/em><\/strong>&quot;. Mais&nbsp;si d&#39;aventure T&eacute;l&eacute;ramane nous prenait au mot, on s&#39;arrangerait pour garder <strong>Lost Highway<\/strong> et <strong>Mulholland Drive<\/strong>&#8230;&nbsp;et la premi&egrave;re saison de <strong>Twin Peaks<\/strong>. David Lynch fait la connaissance du sc&eacute;nariste Mark Frost par l&#39;interm&eacute;diaire d&#39;un agent du nom de Tony Krantz, lequel leur soumet&nbsp;un projet d&#39;adaptation cin&eacute;matographique d&#39;une biographie &agrave; succ&egrave;s de Marilyn Monroe (&quot;<em>The Goddess<\/em>&quot;). Les deux hommes s&#39;appr&eacute;cient et&nbsp;continuent de se fr&eacute;quenter apr&egrave;s que le projet a &eacute;chou&eacute;. Ensemble, ils jettent diff&eacute;rentes id&eacute;es sur le papier (dont un script intitul&eacute; &quot;<em>One Saliva Bubble<\/em>&quot; qui manque de peu &ecirc;tre port&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;cran en 1987). A l&#39;insistance de Krantz, qui voit en la t&eacute;l&eacute;vision un m&eacute;dium inexploit&eacute;, ils &eacute;bauchent une histoire de meurtre dans une paisible communaut&eacute; du Dakota du Nord. Le projet s&#39;intitule alors &quot;<strong><em>Northwest Passage<\/em><\/strong>&quot;. L&#39;id&eacute;e est de m&eacute;langer&nbsp;fiction polici&egrave;re et soap-opera. Une&nbsp;entrevue &eacute;veille l&#39;int&eacute;r&ecirc;t des huiles de la cha&icirc;ne ABC, mais le d&eacute;clenchement presque simultan&eacute; d&#39;une gr&egrave;ve des sc&eacute;naristes emp&ecirc;che la poursuite des discussions. Lynch et Frost laissent couler, jusqu&#39;&agrave; ce que Tony Krantz, qui ne l&acirc;che pas l&#39;affaire, rappelle pour demander des nouvelles du script. Dans l&#39;urgence, ses deux poulains s&#39;attellent &agrave; l&#39;&eacute;criture du pilote de la s&eacute;rie, d&eacute;veloppant l&#39;intrigue, &eacute;paississant les personnages. L&#39;&eacute;tat de Washington, avec ses for&ecirc;ts denses et sa bruine perp&eacute;tuelle, est pr&eacute;f&eacute;r&eacute; au Dakota du Nord. Frost dessine un plan de la ville. Il l&#39;imagine nich&eacute;e entre deux montagnes. Deux pics jumeaux. Twin Peaks est n&eacute;e.&nbsp;&nbsp; ABC d&eacute;loque des fonds pour le tournage. Reste &agrave; caster les personnages, trouver le d&eacute;cor et composer un g&eacute;n&eacute;rique. Gr&acirc;ce &agrave; leurs r&eacute;putations et leurs contacts, les deux producteurs aguichent plusieurs briscards t&eacute;l&eacute;g&eacute;niques, quelques jeunes hommes au physique niais et une poign&eacute;e de jouvencelles g&acirc;t&eacute;es par la nature. Pour le personnage&nbsp;de l&#39;agent Dale Cooper, Frost sugg&egrave;re Kyle McLachlan, qui a tenu la vedette&nbsp;sur les films &quot;<strong><em>Dune<\/em><\/strong>&quot; et &quot;<strong><em>Blue Velvet<\/em><\/strong>&quot; de Lynch. Bingo! Si l&#39;acteur d&eacute;pareillait affreusement en&nbsp;djihadiste galactique aux supers pouvoirs, il se fond remarquablement dans le personnage de cet agent du FBI insolite, sorte de&nbsp;Rouletabille rabelaisien pr&eacute;figurant Fox Mulder et Am&eacute;lie Poulain. Apr&egrave;s quelques jours de rep&eacute;rage au nord de Seattle, Frost et Lynch d&eacute;couvrent &agrave; Snoqualmie et North Bend (au nord de Seattle) tout ce qu&#39;ils avaient imagin&eacute; dans le script. Des bois de conif&egrave;res fragrants, des montagnes, une usine &agrave; bois, un resto-route bariol&eacute;, un pavillon am&eacute;rindien et un h&ocirc;tel luxueux surmontant une cascade spectaculaire&#8230; tout est l&agrave;! La concordance de tous ces &eacute;l&eacute;ments avec les lieux qu&#39;avaient imagin&eacute; Lynch et Frost fait dire &agrave; ce dernier que &quot;<em>c&#39;&eacute;tait surnaturel. C&#39;&eacute;tait comme si on l&#39;avait vu en r&ecirc;ve<\/em> &quot;. L&#39;&eacute;quipe prend ses quartiers dans la r&eacute;gion la fin de l&#39;ann&eacute;e 1989.&nbsp; Les paysages de la s&eacute;rie, magnifiques, lui octroient une&nbsp;personnalit&eacute; visuelle unique. Tandis que les int&eacute;rieurs cosy procurent au spectateur un sentiment de confort (sentiment&nbsp;renforc&eacute; par le fait que les personnages passent la moiti&eacute; de leur temps &agrave; siroter des caf&eacute;s en mangeant des donuts ou des tartes &agrave; la cerise), les bois entourant&nbsp;ces int&eacute;rieurs d&eacute;gagent une angoisse subtile de cauchemar. Leur &eacute;paisseur &eacute;touffante &eacute;voque de mani&egrave;re subliminale le myst&egrave;re tout aussi imp&eacute;n&eacute;trable entourant le meurtre de Laura Palmer. De la m&ecirc;me mani&egrave;re, la plupart des sc&egrave;nes associ&eacute;es&nbsp;&agrave; l&#39;&eacute;lucidation d&#39;un probl&egrave;me ont lieu de jour et en ville, tandis que les agissements secrets se d&eacute;roulent de nuit, dans la for&ecirc;t ou &agrave; ses abords. Pour la musique, Lynch fait appel au compositeur Angelo Baldamenti, avec lequel il a d&eacute;j&agrave; collabor&eacute; sur &laquo;&nbsp;<em><strong>Blue Velvet<\/strong><\/em>&nbsp;&raquo;. Prenant place aux c&ocirc;t&eacute;s du musicien, Lynch d&eacute;crit une atmosph&egrave;re&#8230; &laquo;&nbsp;Le vent dans les arbres, la nuit&#8230; Une pleine lune p&acirc;le&#8230; Un ululement de chouette&#8230; Une jeune fille appara&icirc;t, elle s&#39;avance, lentement&#8230;&nbsp;&raquo; A mesure que le r&eacute;alisateur d&eacute;crit ses visions, Badalamenti compose, sur un vieux clavier Fender Rhodes, un crescendo triste culminant en un sanglot de d&eacute;tresse qui deviendra le th&egrave;me de Laura Palmer. Pour les besoins de la s&eacute;rie, Badalementi cr&eacute;e plusieurs th&egrave;mes tr&egrave;s diff&eacute;rents, parmi lesquels la musique doucereuse du g&eacute;n&eacute;rique et un jazz archi-sensuel et feutr&eacute; destin&eacute; principalement au personnage de lyc&eacute;enne lascive d&#39;Audrey Horne. L&#39;empreinte musicale de Twin Peaks est aussi fascinante que son empreinte visuelle. Derri&egrave;re la beaut&eacute; onirique de ces paysages et de ces m&eacute;lodies couve un trouble vague. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Prudemment, les cadres d&#39;ABC ont demand&eacute; &agrave; ce qu&#39;une fin alternative soit tourn&eacute;e, de mani&egrave;re &agrave; pouvoir vendre le pilote comme un film &agrave; part enti&egrave;re pour le cas ils ne seraient pas convaincus de la n&eacute;cessit&eacute; de prolonger la s&eacute;rie apr&egrave;s visionnage. Cette pr&eacute;caution s&#39;av&eacute;rera superflue. Sit&ocirc;t apr&egrave;s avoir re&ccedil;u le r&eacute;sultat final, ABC commande sept &eacute;pisodes suppl&eacute;mentaires. Le pilote est diffus&eacute; sur ABC pour la premi&egrave;re fois le 8 avril. 1990. C&#39;est un pl&eacute;biscite. Il r&eacute;alise un score d&#39;audience de 33%. Des millions d&#39;am&eacute;ricains intrigu&eacute;s restent scotch&eacute;s &agrave; leur poste jusqu&#39;au g&eacute;n&eacute;rique de fin. Au matin du 9 avril 1990, pr&egrave;s de la machine &agrave; caf&eacute;, ils se demanderaient entre eux: &laquo;&nbsp;<em>Fuck me, t&#39;as vu ce qu&#39; est pass&eacute; &agrave; la t&eacute;l&eacute; hier soir<\/em>?&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>A suivre&#8230;<\/em><\/strong> <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horseface O&#39;Brien<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on pense &quot;David Lynch&quot; on ne pense pas &quot;Les Bronz&eacute;s font du ski&quot;. On pense &agrave; un charivari capillaire et &agrave; un cin&eacute;ma plus barr&eacute; que la correction de ma copie de maths du baccalaur&eacute;at 98&#8230; quand on ne se fait pas direct un claquage du cerveau! 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