{"id":19,"date":"2006-11-13T00:00:00","date_gmt":"2006-11-12T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=19"},"modified":"2006-11-13T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-12T23:00:00","slug":"karmitz-et-bananaticoco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=19","title":{"rendered":"Karmitz et Bananaticoco"},"content":{"rendered":"\n<p>Il est de notori&eacute;t&eacute; publique que le nippon est curieux de nature. Son go&ucirc;t pour les porte-avions, pour les monstres en caoutchouc mou issus de ses n&eacute;vroses post atomiques&#8230;  <\/p>\n<p><!--more-->&#8230;ou pour les robots anthropomorphes capables de se transformer en camions de pompiers ou en lampadaires prouve que l&rsquo;esprit du nippon est alerte et que ses int&eacute;r&ecirc;ts dans la vie sont multiples.                                                                                                    <\/p>\n<p>Je m&rsquo;en suis encore rendu compte lors d&rsquo;une de mes derni&egrave;res conf&eacute;rences que je donnai au Japon : c&rsquo;&eacute;tait&agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Kyoto, sous un ciel de juin; il flottait dans l&rsquo;air comme une petite odeur de lilas et la conf&eacute;rence traitait des merveilles sonores querec&egrave;lent parfois les petites galettes de vinyl que l&rsquo;on nomme plus couramment les &laquo;45 tours &raquo;. &Agrave; la fin de mon expos&eacute; je fus assailli de questions par ces valeureux fils du Soleil Levant : &laquo; Mais qu&rsquo;est-ce exactement qu&rsquo;un 45 tours? &raquo; &laquo; La musique qui s&rsquo;y cache est-elle toujours &agrave; la hauteur de la pochette etvice-versa? &raquo; Sans oublier bien entendu la question cruciale &laquo; Mais bordel de merde o&ugrave; peut-on trouver ces tr&eacute;sors incomparables sans lesquels la vie ne vaut pas la peine d&rsquo;&ecirc;tre v&eacute;cue? &raquo;&#8230; Touch&eacute; par l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que j&rsquo;avais suscit&eacute; chez ces samoura&iuml;s de l&rsquo;enthousiasme, je tentai de r&eacute;pondre &agrave; leurs questions et leurs attentes avec le maximum de concision et de pr&eacute;cision et c&rsquo;est exactement ce que je me propose de faire pour vous dans cette petite rubrique du 45 tours magique&#8230;Nous commencerons donc comme il se doit avec un pur joyau. Il s&rsquo;agit de la bande originale du film &laquo; Camarades &raquo;, r&eacute;alis&eacute; en 1969 par marin Karmitz et dont la musique est sign&eacute;e par les improbables jackie Moreau et sylvain Gaudelette. &Agrave; premi&egrave;re vue la pochette ne laisse rien pr&eacute;sager de bon : on y voit des prol&eacute;taires en bleu de chauffe, l&rsquo;un d&rsquo;entr&rsquo;eux(probablement d&eacute;j&agrave; avin&eacute;) pousse p&eacute;niblement sa vieille br&ecirc;le pourrie de type 102 Peugeot vers une grille implacablement ferm&eacute;e&#8230; Bref, rien d&rsquo;excitant &agrave; esp&eacute;rer de ce c&ocirc;t&eacute;-&ccedil;i. Mais de l&rsquo;autre, alors l&agrave;, pardon! Qu&rsquo;apercevons-nous de nos yeux tout exorbit&eacute;s? Que l&rsquo;un des cinq morceaux figurant sur ce disque s&rsquo;intitule &laquo; Paris Pop &raquo;. Un morceau intitul&eacute; &laquo; Paris Pop &raquo; ne peut pas &ecirc;tre franchement mauvais, c&rsquo;est une r&egrave;gle! La preuve : une fois l&rsquo;aiguille de votre pick-up pos&eacute;e sur cet incomparable chef d&rsquo;oeuvre, vous vous effondrez en larmes, bris&eacute; par l&rsquo;&eacute;motion. Imaginez Morricone s&rsquo;essayant au psych&eacute;d&eacute;lisme. Imaginez un rythme r&eacute;p&eacute;titif qui monte, qui monte et qui ne s&rsquo;arr&ecirc;te jamais. Imaginez des guitarestortur&eacute;es &agrave; l&rsquo;eau bouillante qu&rsquo;on laisse rouiller sur un chantier pendant trois mois et que l&rsquo;on fait jouer ensuite par des musiciens classiques imbib&eacute;s d&rsquo;&eacute;ther. Ajoutez une fl&ucirc;te &agrave; la Jethro Tull mais sans la barbe ni les cheveux et vous obtenez un morceau tr&egrave;s lourd, magnifique et inqui&eacute;tant : tel est &laquo; Paris Pop &raquo;&#8230; <\/p>\n<p>La face B de cette exceptionnelle rondelle de plastiques&rsquo;ouvre sur &laquo; City Gaz Room &raquo;, un morceau qui n&rsquo;ajamais vu un arbre et qui respire difficilement &agrave; cause de toute l&rsquo;amiante accumul&eacute;e. Le chanteur, d&rsquo;origine lorraine,<span>  <\/span>utilise un anglais approximatif appris dans une caravane et d&rsquo;ailleurs il ne chante pas : il suinte, il coule tout seul, il se liqu&eacute;fie pendant trois minutes et &agrave; la fin il est probablement froidement abattu dans les vestiaires. On entend plusalors que le son obs&eacute;dant du piano qui rappelle  &eacute;trangement le Gainsbourg du d&eacute;but des ann&eacute;es soixante-dix, rien de moins&#8230; Et que dire enfin de ces petites perles nostalgiques que sont &laquo; Ballade Saint-Nazaire &raquo; et &laquo; Ballade Paris &raquo;? Rien! Il ne faut rien dire mais s&rsquo;incliner! Se laisser lentement envahir par ces m&eacute;lodies empoisonn&eacute;es&#8230; Mieux qu&rsquo;une exp&eacute;rience mystique ou qu&rsquo;un stage de six mois chez Citro&euml;n, ce 45 tours est &agrave; se procurer de toute urgence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autre petit bijou, &laquo; Brazil Rytms &raquo; est lui tir&eacute; du film :<span>  <\/span>&laquo; Br&eacute;sil paradis de l&rsquo;aventure &raquo;, documentaire sur les moeurs absolument d&eacute;plorables des peuplades sauvages qui vivent encore &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de pierre au coeur de l&rsquo;Amazonie. Le premier morceau &laquo; Bananaticoco &raquo;, sens&eacute; illustrer le culte pa&iuml;en de quelque banane sacr&eacute;e, aurait pu &ecirc;tre &eacute;crit par un insecte. Mais pas n&rsquo;importe lequel : un gros. Avec un abdomen rempli d&rsquo;air, des poils &eacute;r&eacute;ctiles et plusieurs paires d&rsquo;ailes qui se frottent entr&rsquo;elles &agrave; la vitesse d&rsquo;un train &eacute;lectrique.<span>  <\/span>&laquo; Bananaticoco &raquo; ne ressemble &agrave; rien de connu de ce c&ocirc;t&eacute;-&ccedil;i de l&rsquo;h&eacute;misph&egrave;re. C&rsquo;est de la bouillabaisse infernale, un m&eacute;lange h&eacute;t&eacute;roclite de percussions tribales, de guimbarde, de cruche &agrave; eau emprunt&eacute;e au Thirteen Floor Elevators, de rires sardoniques sortis du gosier r&acirc;peux d&rsquo;un vieux sorcier arumbaya et d&rsquo;un instrument non d&eacute;termin&eacute; mais qui produit le m&ecirc;me son qu&rsquo;un synth&eacute;tiseur Yamaha. C&rsquo;est &eacute;trange, superbe et pour tout dire indispensable.<\/p>\n<p>Quant &agrave; la face B, c&rsquo;est un peu diff&eacute;rent. &laquo; Dan&ccedil;a do Pica-Pau &raquo; va en effet beaucoup plus loin question &eacute;pouvante. &Agrave; la premi&egrave;re &eacute;coute, lorsque la guitare, la fl&ucirc;te et les cr&eacute;celles arrivent, on se croirait dans un Western o&ugrave; les cowboys auraient &eacute;t&eacute; remplac&eacute;s par des zombies. Et puis survient LA VOIX! On ne sait pas si c&rsquo;est un moine tib&eacute;tain, Allen Ginsberg psalmodiant un de ses insupportables d&eacute;lires hippies ou<span>  <\/span>le Grand Macumba en personne venu vous manger votre &acirc;me. De toutes fa&ccedil;ons, &agrave; ce moment pr&eacute;cis, vous &ecirc;tes d&eacute;j&agrave; t&eacute;tanis&eacute; par la terreur et vous ne pouvez rien faire d&rsquo;autre que subir les cinq minutes et quarante secondes que durent ces sonorit&eacute;s d&rsquo;outre-tombe. Et le pire est qu&rsquo;&agrave; la fin du morceau, une force mal&eacute;fique vous pousse &agrave; vouloir le r&eacute;entendre, jusqu&rsquo;&agrave; ce que la folie vous gagne et que le mince filet de bave que vous aviez d&eacute;j&agrave; &agrave; la commissure des l&egrave;vres se transforme en &eacute;paisse &eacute;cume noir&acirc;tre. Devenu compl&egrave;tement d&eacute;ment apr&egrave;s trente-six &eacute;coutes cons&eacute;cutives, vous n&rsquo;aurez plus d&rsquo;autre alternative que de vous jeter sous les roues du premier &laquo; 16 Tonnes &raquo; venu. Attention, mesdames et messieurs, il y a de l&rsquo;ectoplasme dans ce morceau!<\/p>\n<p>Petites natures s&rsquo;abstenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est de notori&eacute;t&eacute; publique que le nippon est curieux de nature. 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