{"id":27,"date":"2006-11-15T00:00:00","date_gmt":"2006-11-14T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=27"},"modified":"2006-11-15T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-14T23:00:00","slug":"jesse-sykes-the-sweet-hereafter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=27","title":{"rendered":"Jesse Sykes &#038; The Sweet Hereafter"},"content":{"rendered":"\n<p>Auteur\/ compositeur nourrie de country et de folk, Jesse Sykes rencontre en 1998 Phil Wandscher, le guitariste du groupe de country-rock Whiskeytown, dans un troquet de Seattle. C&rsquo;est le d&eacute;but d&rsquo;une histoire d&rsquo;amour, et incidemment d&rsquo;une collaboration musicale qui s&rsquo;enrichira des additions progressives de la violoniste Anne Marie Ruljancich, du bassiste Bill Herzog et du batteur Kevin Warner. Baptis&eacute; Jesse Sykes &amp; The Sweet Hereafter, le groupe d&eacute;livre en 2002 un album grandiose sur le label Fargo : Reckless Burning.<\/p>\n<p>  <!--more--><\/p>\n<p>Dans une grande tradition am&eacute;ricaine, Reckless Burning convoque la m&eacute;lancolie sublime des grands espaces qui tendent vers un ailleurs omnipr&eacute;sent, &agrave; l&rsquo;image des lignes t&eacute;l&eacute;graphiques et des pyl&ocirc;nes sentencieux figurant au dos du disque, le long de la route. La Route ! Symbole tangible des fantasmes et des fant&ocirc;mes d&rsquo;un pays absorb&eacute; dans une fuite perp&eacute;tuelle vers l&rsquo;avant, vers une histoire. Reckless Burning est de ces disques avec une gueule d&rsquo;atmosph&egrave;re, qui composent la bande-son des destins irr&eacute;solus vaquant au bord de la route am&eacute;ricaine &#8211; ces destins fig&eacute;s derri&egrave;re les fen&ecirc;tres de Hopper. <\/p>\n<p>En pr&eacute;ambule, un roulement de feed-back de lourd augure et des accords torpides, &agrave; demi-satur&eacute;s, grondent dans un silence charg&eacute; de non-dits, d&rsquo;absence, d&rsquo;inanit&eacute;, et de la nostalgie des choix qui ne se pr&eacute;senteront jamais. Fid&egrave;le &agrave; la dichotomie mythique, Reckless Burning oscille entre ciel et terre, dans un tiraillement incessant entre la voix ail&eacute;e de Jesse Sykes et des accords enracin&eacute;s dans des profondeurs stratifi&eacute;es, de m&ecirc;me que le poids du pass&eacute; contrebalance les aspirations du pr&eacute;sent. <\/p>\n<p>A mi-disque, le groupe d&eacute;roule une suite de refrains irr&eacute;pr&eacute;ssibles &agrave; l&rsquo;usage des situations sentimentales pr&eacute;caires telles qui sont fatalement induites par l&rsquo;&eacute;loignement, les reproches, les doutes, le voisin ou la voisine de palier : &laquo; Lonely Still &raquo;, &laquo; On Your Side Now &raquo;, &laquo; Don&rsquo;t Let Me Go &raquo;.<\/p>\n<p>A cet &eacute;gard, ce disque est une &eacute;paule. <\/p>\n<p>Les chansons traitent de s&eacute;paration, de rupture, de solitude, d&rsquo;amertume, de changements de perspectives. Mais en d&eacute;finitive, il est davantage question du passage du temps que d&rsquo;amour. C&rsquo;est ce qui rend cet album si bouleversant. Cette langueur solennelle marqu&eacute;e par la conscience du temps. Tout ce silence grave entre les notes, entre les mots &ndash; la pr&eacute;sence ineffable du pass&eacute;.<\/p>\n<p>Les deux principaux instigateurs de ce disque ont pass&eacute; par des ruptures significatives avant de se rencontrer ; comme le dit Jesse Sykes, <\/p>\n<p>&quot;depuis le titre jusqu&#39;au concept, tout dans ce disque vient de la mani&egrave;re dont j&#39;ai v&eacute;cu mon divorce et de la fa&ccedil;on dont Phil (Wandscher) a travers&eacute; sa s&eacute;paration d&#39;avec Whiskeytown. Je crois que nous nous sommes rencontr&eacute;s au bon moment&hellip; Quand nous avons commenc&eacute; &agrave; sortir ensemble, nous &eacute;tions tous les deux devenus &eacute;trangers &agrave; nos propres &#39;communaut&eacute;s&#39;. Nous avons pass&eacute; beaucoup de temps seuls dans la nature &agrave; camper et &agrave; p&ecirc;cher ; la plupart de ces chansons sont n&eacute;es de ce sentiment d&#39;&ecirc;tre perdus dans les grands espaces.&quot;<\/p>\n<p>Cet album est donc n&eacute; de la n&eacute;c&eacute;ssit&eacute; des deux tourtereaux de faire leur deuil, pour l&rsquo;une de son mariage, pour l&rsquo;autre du groupe de ses premiers lauriers. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Americana Fun&egrave;bre<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le deuil est pour ainsi dire au c&oelig;ur du deuxi&egrave;me album du groupe, le tr&egrave;s beau Oh, My Girl (Fargo, 2004).<\/p>\n<p>Le refrain de la chanson &eacute;ponyme d&eacute;gage toute la m&eacute;lancolie fun&egrave;bre d&rsquo;un souvenir tendre avec une personne disparue (de l&rsquo;aveu de Jesse Sykes, cette chanson a &eacute;t&eacute; &eacute;crite le jour m&ecirc;me de l&rsquo;annonce de la mort d&rsquo;un ami proche) :<\/p>\n<p>&ldquo;Oh, my girl\/ Let&rsquo;s dance across that sunlit room\/ Oh, my girl\/ I&rsquo;ll hold you in the afternoon&rdquo;. <\/p>\n<p>Les meilleurs souvenirs comme les meilleurs refrains reposent souvent sur des interactions simples. <\/p>\n<p>Le d&eacute;cor, une colline entour&eacute;e d&rsquo;arbres au soir, compose une imagerie romantique. <\/p>\n<p>&ldquo;If evening&rsquo;s kind\/ It will give us light to take our time\/ When that treeline&rsquo;s gone\/ You will now I&rsquo;ve carried on.&rdquo;<\/p>\n<p>Le tempo est lent comme il se doit, et la guitare lead, grave, lourde, contrebalance les stances de violon ail&eacute;es et le chant murmurant de Sykes. On d&eacute;c&egrave;le des touches de mandoline dans le refrain. <\/p>\n<p>L&rsquo;instrumentation est impeccable sur l&rsquo;ensemble du disque. Utilis&eacute;s avec une parcimonie de bon escient, la pedal steel, l&rsquo;harmonium et le piano &eacute;largissent le paysage sonore, produisant un effet d&rsquo;espace quasi-cin&eacute;matographique qui est une caract&eacute;ristique commune de beaucoup des groupes du courant dit &laquo; americana &raquo;, de m&ecirc;me qu&rsquo;ils instillent des climats &eacute;motionnels subtils, retenus. <\/p>\n<p>Nul besoin de tamiser &agrave; loisir, les p&eacute;pites du disque affleurent imm&eacute;diatement &agrave; l&rsquo;oreille : outre le morceau titre, &laquo; Troubled Soul &raquo; et &laquo; Tell The Boys &raquo; subjuguent d&rsquo;entr&eacute;e. Le premier est une ballade cr&eacute;pusculaire envo&ucirc;tante sur le th&egrave;me du manque affectif. <\/p>\n<p>Quand l&rsquo;absence d&eacute;borde sur la vie quotidienne, elle g&eacute;n&egrave;re un ras-le-bol dont le seul palliatif est l&rsquo;&eacute;vasion :<\/p>\n<p>&laquo; Somebody show me\/ A place I can go where love&rsquo;s around\/ A trip to the ocean\/ I just need to get far from town. &raquo; <\/p>\n<p>Les litanies qui suivent le refrain accentuent la n&eacute;cessit&eacute; de cette &eacute;vasion: &ldquo; There&rsquo;s no way around this\/ There&rsquo;s no way around this, troubled soul&rdquo;.<\/p>\n<p>&ldquo;Tell The Boys&rdquo; m&eacute;lange avec bonheur des harmonies country-folk avec un refrain catchy du meilleur tonneau. Le morceau s&rsquo;envole all&egrave;grement ; pour la premi&egrave;re fois dans ce disque tout en retenue, tous les instruments portent &agrave; l&rsquo;unisson vers le haut. <\/p>\n<p>Ces trois morceaux seuls justifient de faire d&rsquo;Oh, My Girl son disque de chevet en p&eacute;riode d&rsquo;accablement.<\/p>\n<p>Le reste du disque est moins imm&eacute;diat, mais uniform&eacute;ment correct. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Joe l&#39;trembleur<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\/ compositeur nourrie de country et de folk, Jesse Sykes rencontre en 1998 Phil Wandscher, le guitariste du groupe de country-rock Whiskeytown, dans un troquet de Seattle. 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