{"id":296,"date":"2011-02-04T00:00:00","date_gmt":"2011-02-03T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=296"},"modified":"2011-02-04T00:00:00","modified_gmt":"2011-02-03T23:00:00","slug":"long-jeu-3-in-sweden-skivbutiken-torpa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=296","title":{"rendered":"Long Jeu 3&#8230; In Sweden : Skivbutiken Torpa"},"content":{"rendered":"<p>E&ucirc;ssiez-vous tent&eacute; de me convertir au vinyle il y a encore trois ans, j&#39;aurais hauss&eacute; les &eacute;paules et pens&eacute; &laquo;&nbsp;snobisme bourgeois&nbsp;&raquo;. J&#39;avais trop claqu&eacute; en CDs pendant des ann&eacute;es pour changer de format. &laquo;&nbsp;Un son plus chaleureux&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;la beaut&eacute; de l&#39;objet&nbsp;&raquo;? Insuffisant, &agrave; l&#39;&eacute;poque. Il e&ucirc;t fallu d&#39;embl&eacute;e &eacute;voquer le plus bel argument en faveur du 33T: l&#39;aspect communautaire.  <!--more--><\/p>\n<p>J&ouml;nk&ouml;ping, Su&egrave;de. 85000 &acirc;mes. Le lac V&auml;ttern. Le mus&eacute;e de l&#39;allumette. Les triceps de Karabatic. Autant de motifs de visite dont le correspondant de Rennet se fout &eacute;perd&ucirc;ment. Une fois pass&eacute;e l&#39;acclimatation inh&eacute;rente &agrave; la m&eacute;t&eacute;o puis &agrave; la langue, le contributeur peut enfin interroger l&#39;indig&egrave;ne &agrave; la blondeur pr&eacute;vue: o&ugrave; trouver du disque ici? <\/p>\n<p>Un premier scandinave me dirige vers une boutique avec un nom en <strong>Z<\/strong>. Ignominie: l&#39;&eacute;difice contient exclusivement du heavy metal craignos des ann&eacute;es <strong>Yngwie Malmsteen<\/strong>. Horrifi&eacute; par les nuques longues, les guitares en V et l&#39;esth&eacute;tique Musclor g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, je m&#39;enfuis en poussant des cris semblables &agrave; ceux pouss&eacute;s jadis sur les c&ocirc;tes normandes au d&eacute;barquement des Drakkars. <br \/>La suite de mon enqu&ecirc;te me m&egrave;ne dans un quartier morne au sud du centre-ville. Un hipster blafard a trac&eacute; une croix sur mon plan de la ville &agrave; la mention &laquo;&nbsp;<em>rock<\/em>&nbsp;&raquo;. La nuit est tomb&eacute;e, un vent glac&eacute; souffle dans les rues. De loin, j&#39;avise ce qui ressemble &agrave; un 33 T punais&eacute; sur une pancarte. Je distingue le mot &laquo;&nbsp;<em>records<\/em>&nbsp;&raquo; et les majuscules &quot;<em>LP<\/em>&quot; dans le texte. La boutique est situ&eacute;e au sous-sol d&#39;un immeuble. Les fen&ecirc;tres, &agrave; hauteur du sol, sont obstru&eacute;es. Je descends les quelques marches et essaie d&#39;ouvrir. Ferm&eacute;. Un riff me parvient de derri&egrave;re la porte. Je frappe. Pas de r&eacute;ponse. Un refrain. Une affiche est scotch&eacute;e &agrave; la porte. Un num&eacute;ro de t&eacute;l&eacute;phone est inscit en caract&egrave;res gras au bas de l&#39;affiche. J&#39;appelle. La musique s&#39;arr&ecirc;te net. Quelques baragouinages en anglais de part et d&#39;autre et la porte s&#39;ouvre sur une cave remplie de disques et un grand fris&eacute; au regard timide. <br \/>La boutique n&#39;en est pas vraiment une, m&#39;explique <strong>Mauritz<\/strong>, le ma&icirc;tre des lieux. C&#39;est une cave qu&#39;il a lou&eacute; pour entreposer le stock d&#39;albums qui lui est rest&eacute; sur les bras lorsque le magasin de disques qu&#39;il tenait auparavant a d&ucirc; fermer ses portes, faute de recettes. Il y a pourtant une esp&egrave;ce de comptoir, beaucoup d&#39;affiches (<strong>Hendrix, Floyd<\/strong>), des goodies qui tra&icirc;nent. Mauritz ouvre la porte aux curieux le vendredi et le samedi uniquement- j&#39;ai eu de la chance de le trouver sur place en ce mardi soir. Il vend surtout sur internet. D&#39;ailleurs il attend les r&eacute;sultats d&#39;une grosse ench&egrave;re concernant un lot qu&#39;il a mis en ligne. Il continue d&#39;acheter dans des foires ou des brocantes. De temps &agrave; autre, me dit-il, il ram&egrave;ne des cartons entiers de daubes sans nom. Mais au milieu des vinyles de <strong>Gino Vanelli<\/strong> et de la pire vari&eacute;t&eacute; su&eacute;doise se trouve parfois le tr&eacute;sor qui le fera rentrer dans ses frais. De toute fa&ccedil;on, il ne peut pas s&#39;emp&ecirc;cher de jouer le coup. <\/p>\n<p>Mauritz est francophile (pas encore -phone, mais r&ecirc;ve de le devenir) et me parle de ses voyages en camionnette dans le sud-ouest de la France. Passion oblige, il y a rencontr&eacute; des disquaires (&laquo;&nbsp;<em>un peu rudes<\/em>&nbsp;&raquo;, pour la plupart). Il me montre fi&egrave;rement un exemplaire de l&#39;album &laquo;&nbsp;<em>Paix<\/em>&nbsp;&raquo; de <strong>Catherine Ribeiro + Alpes<\/strong>. &laquo;&nbsp;<em>Trippy french hippy music<\/em>&nbsp;&raquo;, annonce t-il. Il me demande si je connais. &laquo;&nbsp;<em>Oui<\/em>&nbsp;&raquo;, je mens, connement, pour ne pas passer pour un imposteur. Idiot. C&#39;est pas demain la veille que je retrouverai ce disque. Et maintenant il me le faut. <br \/>Le boutiquier est plut&ocirc;t branch&eacute; rock planant et electronica, r&eacute;v&eacute;lation &eacute;prouv&eacute;e avec <strong>Pink Floyd<\/strong> et <strong>Kraftwerk<\/strong>. Quid de l&#39;artisanat local? Je le provoque en invoquant <strong>ABBA<\/strong> et le hard rock scandinave. Rire g&ecirc;n&eacute; du timide. Je l&#39;apaise en citant <strong>The Knife<\/strong> et <strong>Fever Ray<\/strong>, tenants d&#39;une electro minutieuse et glaciale v&eacute;n&eacute;r&eacute;s par mon meilleur pote. Mauritz d&eacute;veloppe: <strong>Silver Bullet<\/strong>, rock avec de grosses basses &agrave; la <strong>Interpol<\/strong>, <strong>Kent<\/strong>, <strong>The Soundtrack Of Our Lives<\/strong>. On blalate, on blablate et je n&#39;ai m&ecirc;me pas encore regard&eacute; ce qu&#39;il a. Je passe sur le rayon &laquo;&nbsp;<em>electronica<\/em>&nbsp;&raquo; et les bacs &agrave; CD, remplis de ce rock indie d&#39;aujourd&#39;hui dont on fait les pires spots automobiles. Ce qui m&#39;int&eacute;resse, ce sont les bacs &agrave; vinyle &laquo;&nbsp;<em>60s\/70s<\/em>&nbsp;&raquo;. Il y a l&agrave; du classic album &agrave; foison. De la British invasion, du Hendrix, du songwriter 70s, du hard rock, du glam, de la new wave, du punk m&eacute;tiss&eacute;. Toute une Education Sentimentale. Il y a aussi des titres plus secrets, des artistes moins imm&eacute;diats. La profession de foi de Mauritz envers Pink Floyd me faisait appr&eacute;hender des &eacute;tag&egrave;res enti&egrave;res de rock progressif imbitable, mais point de cela. Tout au plus quelques <strong>Genesis<\/strong> et un <strong>Utopia<\/strong> que je lui prends pour la forme. <br \/>Je parcours tr&egrave;s rapidement les bacs &agrave; soldes. Albums moyens pour compl&eacute;tistes de niche. Mal de dos. Et puis Mauritz est press&eacute;. Avant que je rentre dans sa cave, il avait appel&eacute; sa copine pour lui dire qu&#39;il arrivait dans cinq minutes. Je lui prends sept LP. Il m&#39;offre un Soundtrack Of Our Lives. Il me propose de me d&eacute;poser en centre-ville. Il me laisse devant un pub en me promettant de me rejoindre. <\/p>\n<p>Quelques minutes plus tard, il revient avec sa copine. Ils me paient des coups, on discute, et ils finissent par m&#39;inviter chez eux o&ugrave; nous passons encore une bonne heure &agrave; &eacute;couter de la musique, &agrave; parler concerts et diff&eacute;rences culturelles. &Ccedil;a n&#39;est pas avec un putain de vendeur de Fnac ou de Virgin que &ccedil;a arriverait. C&#39;est soir&eacute;e de f&ecirc;te pour le couple: le lot s&#39;est adjug&eacute; &agrave; l&#39;instant &agrave; plus de vingt milles couronnes su&eacute;doises, et le gar&ccedil;on a promis &agrave; sa tendre de l&#39;emmener en voyage si les ench&egrave;res d&eacute;passaient ce seuil. &Ccedil;a n&#39;est pas tous les jours le faste: Mauritz fait un peu de bricolage &agrave; c&ocirc;t&eacute; pour payer la bouffe. Mais c&#39;est un choix. Pourquoi devrait-on se laisser imposer une identit&eacute; sociale? Dans le m&ecirc;me ordre d&#39;id&eacute;e, mon h&ocirc;te m&#39;apprend qu&#39;il a d&eacute;cid&eacute; de s&#39;appeler Mauritz sur un coup de t&ecirc;te il y a quelques ann&eacute;es: <strong>Gundar<\/strong>, &ccedil;a ne lui correspondait pas. C&#39;est un flirt de vacances qui l&#39;a rebaptis&eacute;, et depuis il est rest&eacute; Mauritz. Je demande &agrave; l&#39;amphitryon s&#39;il conna&icirc;t le fameux album de <strong>Lee Hazlewood<\/strong>, &laquo;&nbsp;<em>Cowboy In Sweden&nbsp;<\/em>&raquo;. &laquo;&nbsp;<em>Ah oui, j&#39;en ai plusieurs exemplaires dans mon bac &agrave; soldes!&nbsp;<\/em>&raquo; Argh! Idiot (bis)! J&#39;aurais d&ucirc; passer plus de temps &agrave; excaver! Finalement on s&#39;&eacute;change nos adresses et je repars affronter la poudreuse scandinave. La suite de la soir&eacute;e portera sur &laquo; <em>qu&#39;est ce que j&#39;ai loup&eacute; d&#39;incroyable dans ses putains de bacs &agrave; soldes?<\/em>&nbsp;&raquo;. &Agrave; chacun son purgatoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Olof Ljungstr&ouml;m-R&euml;nn&euml;tss&ouml;n <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>E&ucirc;ssiez-vous tent&eacute; de me convertir au vinyle il y a encore trois ans, j&#39;aurais hauss&eacute; les &eacute;paules et pens&eacute; &laquo;&nbsp;snobisme bourgeois&nbsp;&raquo;. J&#39;avais trop claqu&eacute; en CDs pendant des ann&eacute;es pour changer de format. &laquo;&nbsp;Un son plus chaleureux&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;la beaut&eacute; de l&#39;objet&nbsp;&raquo;? Insuffisant, &agrave; l&#39;&eacute;poque. Il e&ucirc;t fallu d&#39;embl&eacute;e &eacute;voquer le plus bel argument en faveur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":297,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-296","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-discographie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/296","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=296"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/296\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=296"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=296"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=296"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}