{"id":320,"date":"2011-10-07T00:00:00","date_gmt":"2011-10-06T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=320"},"modified":"2011-10-07T00:00:00","modified_gmt":"2011-10-06T23:00:00","slug":"mais-ou-sont-passes-les-gazometres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=320","title":{"rendered":"Mais o\u00f9 sont pass\u00e9s les gazom\u00e8tres ?"},"content":{"rendered":"<p>&#8230; Ainsi va la ville, un jour on est acteur, un jour spectateur. On s&rsquo;y niche, on y vit, on y meurt&#8230; et ce qui faisait notre quartier, notre univers, retombe dans l&rsquo;oubli aussit&ocirc;t d&eacute;moli.<!--more--><\/p>\n<p>J&rsquo;ai entendu dire qu&rsquo;il y a longtemps, on avait construit des gazom&egrave;tres sur le boulevard de La <strong>Tour D&rsquo;Auvergne<\/strong>, &agrave; <strong>Rennes<\/strong>. &Agrave; l&rsquo;&eacute;poque, l&rsquo;EDF-GDF n&rsquo;existait pas encore et on avait besoin du gaz pour s&rsquo;&eacute;clairer en ville. Tout autour, c&rsquo;&eacute;tait la campagne ou presque&#8230; un beau boulevard tout neuf, donc, construit dans les champs, pas loin des usines&#8230; il y a m&ecirc;me une rue de la fonderie dans le quartier, et puis une grande caserne &agrave; l&rsquo;autre bout.<br \/>Aujourd&rsquo;hui, on y construit des bureaux et des logements et, de cet avant l&agrave;, il ne reste plus rien, aucune trace si ce n&rsquo;est quelques pollutions, &ccedil;&agrave; et l&agrave;, dans le sol.<\/p>\n<p>Et pourtant &ccedil;a avait d&ucirc; &ecirc;tre quelque chose! Un gazom&egrave;tre, &ccedil;a ne passe pas inaper&ccedil;u, c&rsquo;est grand, une immense citerne ou peut &ecirc;tre plusieurs, et puis maintenant plus rien, rien qui puisse l&rsquo;&eacute;voquer, m&ecirc;me pas un nom de rue, comme si c&rsquo;&eacute;tait une page honteuse de l&rsquo;histoire que l&rsquo;on aurait du oublier au plus vite.<\/p>\n<p>C&rsquo;est toujours comme &ccedil;a, dans la ville il y a des pass&eacute;s qui restent, et des pass&eacute;s qui s&rsquo;oublient. On entend souvent dire: &quot;<em>ouh la la, c&rsquo;est vieux<\/em> !&quot; Ou bien : &quot;<em>&ccedil;a a toujours &eacute;t&eacute; l&agrave;<\/em> !&quot; Ou encore : &quot;<em>on a toujours connu<\/em>&#8230;&quot;<br \/>Toutes ces v&eacute;rit&eacute;s et cette profondeur que l&rsquo;on ressent soi m&ecirc;me n&rsquo;est bien souvent&nbsp; que l&rsquo;&eacute;cume du temps et, toutes les histoires que l&rsquo;on fait de nos vies ne p&egrave;sent pas bien lourd en face du temps qui passe et qui gomme les traces de ce qui f&ucirc;t pour chacun l&rsquo;essentiel, c&#39;est-&agrave;-dire nous m&ecirc;me.<br \/>Il y a un rapport au temps chaque fois que l&rsquo;on construit quelque chose, que l&rsquo;on parle du commerce des hommes ou bien des b&acirc;timents. Et notre penchant &agrave; la nostalgie fonctionne &agrave; plein pour tordre la m&eacute;moire, ou bien composer sans rel&acirc;che de notre vie pass&eacute;e&nbsp; une nouvelle r&eacute;alit&eacute;.<br \/>&quot;<em>A cette &eacute;poque l&agrave;, on &eacute;tait tranquilles, les gens &eacute;taient plus joyeux, on faisait des f&ecirc;tes, il y avait de la solidarit&eacute; entre les voisins&#8230;<\/em>&quot; et toutes les autres balivernes destin&eacute;es &agrave; construire notre pauvre l&eacute;gende, &agrave; raconter des craques aux enfants, tout en continuant d&#39;y croire soi m&ecirc;me.<br \/>Et puis le temps passe, le voisin marrant est devenu g&acirc;teux, le groupe de jeunesses qui faisait de l&rsquo;ambiance s&rsquo;est dispers&eacute; aux quatre coins du pays&#8230; ce n&rsquo;est plus comme avant. Et, surtout, les nouveaux ne font aucun d&rsquo;effort.<\/p>\n<p>Et si notre page &eacute;tait tourn&eacute;e ! Mais &ccedil;a, c&rsquo;est plus difficile &agrave; admettre, puisqu&rsquo;apr&egrave;s tout, on a toujours &eacute;t&eacute; l&agrave; !<br \/>Ce qui me frappe toujours quand je passe devant les immeubles en d&eacute;molition, c&rsquo;est la sensation presque honteuse de rentrer dans l&rsquo;intimit&eacute; des familles, comme une maison de poup&eacute;es aux fa&ccedil;ades &eacute;ventr&eacute;es avec leurs bouts de planchers qui pendent dans le vide&#8230; je revois alors ma grande m&egrave;re &agrave; quatre pattes en train de cirer le sien. Et puis cette salle de bains aux carrelages fa&iuml;enc&eacute;s, combien de toilettes prot&eacute;geait elle des regards indiscrets?<br \/>Et ces chambres &agrave; coucher, saint des saints, ultime r&eacute;duit, antre du couple, combien de nuits d&rsquo;amour, combien d&rsquo;accouchements ont-elles dissimul&eacute;es, protectrice et stable?&nbsp; Elles se retrouvent perch&eacute;es, en bascules, ouvertes aux quatre vents&#8230; et bient&ocirc;t plus rien, elles seront tomb&eacute;es dans les gravas informes. <br \/>C&rsquo;est triste, comme un corps encore ti&egrave;de mais que la vie aurait d&eacute;j&agrave; quitt&eacute;, une famille a v&eacute;cu l&agrave;, et peut &ecirc;tre beaucoup d&rsquo;autres avant elle, avec ce papier peint des ann&eacute;es cinquante qu&rsquo;on avait pos&eacute; pour donner un coup de frais &agrave; l&rsquo;appartement&#8230; et qui a fix&eacute; le temps dans un infini p&eacute;rissable.<br \/>Et puis les fen&ecirc;tres! M&ecirc;me celle qui coin&ccedil;ait et qu&rsquo;il fallait ouvrir soigneusement, maintenant suspendue &agrave; ses gonds en attendant d&rsquo;aller se fracasser par terre.<br \/>Toute une vie, jour apr&egrave;s jour, de m&eacute;nage, de cuisine, de petits plaisirs et de grandes engueulades, expos&eacute;e, exhib&eacute;e, &eacute;ph&eacute;m&egrave;re. C&rsquo;&eacute;tait notre chez nous, mais d&eacute;p&ecirc;chez vous car il n&rsquo;y aura bient&ocirc;t plus rien &agrave; voir, et m&ecirc;me les vieux du quartier ne se souviendront plus que l&rsquo;immeuble empi&eacute;tait sur le trottoir.<br \/>Ces vieux, ils ne sont pas tous morts, et ceux qui restent voient partir un peu de leur jeunesse avec les pans de murs qui tombent en poussi&egrave;re.<\/p>\n<p>Ainsi va la ville, un jour on est acteur, un jour spectateur. On s&rsquo;y niche, on y vit, on y meurt&#8230; et ce qui faisait notre quartier, notre univers, retombe dans l&rsquo;oubli aussit&ocirc;t d&eacute;moli.<\/p>\n<p>Mais ou sont pass&eacute;s les gazom&egrave;tres ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230; Ainsi va la ville, un jour on est acteur, un jour spectateur. On s&rsquo;y niche, on y vit, on y meurt&#8230; et ce qui faisait notre quartier, notre univers, retombe dans l&rsquo;oubli aussit&ocirc;t d&eacute;moli.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":321,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-320","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-le-petit-rennet-illustre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/320","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=320"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/320\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/321"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=320"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=320"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=320"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}