{"id":81,"date":"2007-05-16T00:00:00","date_gmt":"2007-05-15T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=81"},"modified":"2007-05-16T00:00:00","modified_gmt":"2007-05-15T23:00:00","slug":"les-joyeuses-joutes-de-printemps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=81","title":{"rendered":"Les joyeuses joutes de printemps&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Le printemps arrive officiellement &agrave; Montr&eacute;al au parc du Mont-Royal. Il se fait d&eacute;sirer pendant les premi&egrave;res semaines d&rsquo;avril, ne consentant que rarement &agrave; laisser filer un ultraviolet. Puis, soudain, le voil&agrave;. Il arrive dans un roulement de percussions, dans des volutes d&eacute;p&eacute;nalis&eacute;es, et dans les cris de guerre de plusieurs dizaines de pr&eacute;-ados et d&rsquo;ados retard&eacute;s qui se battent avec des &eacute;p&eacute;es en plastoc et des boucliers faits de couvercles de poubelles. <!--more--><\/p>\n<p>Symbole de la diversit&eacute; socioculturelle de la m&eacute;tropole, le parc du Mont-Royal accueille joggers, m&eacute;m&egrave;res, footeux, mendiants, mannequins, flics, dealers, poufs, rastafaris, rappeurs, yogi, d&eacute;linquants, exhibitionnistes, vedettes du petit &eacute;cran et quelquefois Leonard Cohen. Les roquets des poufs ou des m&eacute;m&eacute;s poursuivent les &eacute;cureuils gris en aboyant au plus fort de leurs poumons riquiquis de chiens-chiens choy&eacute;s. Quand les rongeurs grimpent aux arbres, ces canid&eacute;s teigneux sautent idiotement le long des troncs en grognant. Puis il se lassent et s&rsquo;en retournent s&rsquo;entre-renifler l&rsquo;arri&egrave;re-train. &laquo;&nbsp;&#8211; Look at him, he&rsquo;s so cute! &raquo; entend-on une pouf s&rsquo;&eacute;merveiller dont on subodore que son propre arri&egrave;re-train a fait l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de nombreux renifleurs. Une horde de tam-tams bat une chamade oppressante autour d&rsquo;une colonne surmont&eacute;e par un ange. Des effluves ent&ecirc;tants aggravent la tachycardie. <\/p>\n<p>Eloignons-nous des babs pour nous rapprocher des recycleurs m&eacute;di&eacute;vistes. Ils sont environ une cinquantaine, divis&eacute;s en deux camps qui se toisent de part et d&rsquo;autre d&rsquo;un terrain rectangulaire d&rsquo;une quarantaine de m&egrave;tres de long. Ils ont entre une douzaine et une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es. Ils brandissent des haches, des &eacute;p&eacute;es, des lances en bois ou en plastique. Ils portent des accessoires divers selon le rang, l&rsquo;esp&egrave;ce, la caste, l&rsquo;&eacute;poque, que sais-je, de leur personnage. Certains portent des peaux de b&ecirc;tes (&eacute;galement appel&eacute;es carpettes), d&rsquo;autres des bouts d&rsquo;armure en plastique, d&rsquo;autres encore, les plus passionn&eacute;s, des costumes &eacute;labor&eacute;s tels qu&rsquo;on peut s&rsquo;en procurer dans plusieurs boutiques &agrave; Montr&eacute;al. Pour une coquette liasse de dollars (ils ne prennent pas les &eacute;cus et n&rsquo;acceptent pas les langues de dragon), ces sp&eacute;cialistes vous v&ecirc;tissent un guerrier de pied en cap(e). Apr&egrave;s les levers de boucliers et les exhortations de rigueur, les deux bandes avancent l&rsquo;une vers l&rsquo;autre. Les plus excit&eacute;s se ruent b&ecirc;tement sur la ligne adverse, bondissent sur le premier Lancelot &agrave; besicles, &agrave; la suite de quoi cinq &eacute;p&eacute;es en plastique s&rsquo;abattent sur eux. La r&egrave;gle veut que lorsqu&rsquo;un participant est touch&eacute;, il doive se mettre &agrave; genoux et attendre la fin du combat sans bouger. <\/p>\n<p>Le combat se termine lorsque tous les guerriers d&rsquo;une des deux partis ont &eacute;t&eacute; ainsi neutralis&eacute;s. Chacun s&rsquo;en retourne ensuite de son c&ocirc;t&eacute; du champ de bataille pour un nouveau face-&agrave;-face. Ce spectacle attire invariablement un public de contempteurs en goguette qui nous &eacute;changeons des regards goguenards. Mais toute la goguenardise de notre dimension ne saurait retenir le glaive synth&eacute;tique de Marcel Pendragon non plus que le piquet de tente de Robert C&oelig;ur-De-Lion. Le ridicule a ceci de commun avec une &eacute;p&eacute;e en plastique&nbsp;: il ne tue pas. Au fond, l&rsquo;indiff&eacute;rence de nos bretteurs amateurs vis-&agrave;-vis de leurs observateurs caustiques fait plaisir &agrave; voir. Quelque part, cette attitude est rafra&icirc;chissante dans un monde o&ugrave; chacun et chacune se pr&eacute;occupe avant tout du regard des autres. Personnellement, je n&rsquo;arrive pas &agrave; penser &agrave; une autre grande ville au coeur de laquelle on verrait une cinquantaine de jeunes gens se d&eacute;guiser en chevaliers, en&nbsp; elfes ou en loups-garous et jouer &agrave; chat. <\/p>\n<p>Ca n&rsquo;arrive qu&rsquo;&agrave; Montr&eacute;al! On croise le plastique avec ardeur jusqu&rsquo;en soir&eacute;e, puis, comme les tambours commencent &agrave; se disperser, comme les joggers s&rsquo;en retournent pantelants &agrave; leurs p&egrave;ses-personnes, comme les spectateurs se lassent, les guerriers du Mont-Royal baissent les armes, rallument leurs portables, remontent sur leurs v&eacute;los et se disent &agrave; la semaine prochaine.<\/p>\n<p>&nbsp;Et nous autres contempteurs, nous nous en retournons &agrave; la solitude de nos claviers acerbes. <\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;<strong>Joe L&rsquo;Trembleur<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le printemps arrive officiellement &agrave; Montr&eacute;al au parc du Mont-Royal. Il se fait d&eacute;sirer pendant les premi&egrave;res semaines d&rsquo;avril, ne consentant que rarement &agrave; laisser filer un ultraviolet. Puis, soudain, le voil&agrave;. 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