{"id":99,"date":"2007-09-14T00:00:00","date_gmt":"2007-09-13T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/rennet\/?p=99"},"modified":"2007-09-14T00:00:00","modified_gmt":"2007-09-13T23:00:00","slug":"niagara-oh-tonnerre-des-eaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rennet.org\/?p=99","title":{"rendered":"Niagara, oh tonnerre des eaux&#8230; !"},"content":{"rendered":"<p>En d&eacute;pit de leur proche consonance avec le m&eacute;dicament de la bandaison garantie, les chutes du Niagara, papa, &ccedil;a commande difficilement l&rsquo;&eacute;moi.<!--more--><\/p>\n<p>D&eacute;j&agrave;, le trajet n&rsquo;a rien d&rsquo;excitant.Le macadam rectiligne jalonne des champs de ma&iuml;s interminables. Les &eacute;pouvantails sont en gr&egrave;ve, ils revendiquent moins de vastitude chiante. Le moindre engin circulant donnerait des complexes &agrave; un tank Sherman. Tous les vingt-cinq silos &agrave; grain, un panneau indique les &laquo; services &raquo; disponibles &agrave; la prochaine sortie : Tim Hortons, McDonalds, Burger King, Subway et autres ignominies. Aucun boui-boui fa&ccedil;on matrone en tablier. Pas la moindre trace de terroir. Pas moyen de trouver des fruits et l&eacute;gumes sur cinq cent bornes. C&rsquo;est &agrave; se demander o&ugrave; va tout ce ma&iuml;s. Il finit probablement dans des cornets &agrave; pop-corn.Toronto. On glisse &agrave; travers l&rsquo;&eacute;chiquier de fer et de verre hi&eacute;ratique en jetant des coups d&rsquo;&oelig;il prudents &agrave; droite et &agrave; gauche, des fois qu&rsquo;un milliardaire aurait l&rsquo;id&eacute;e de roquer. Tout est rectangulaire comme un billet vert. M&ecirc;me les gens sont &agrave; angles droits.On va s&rsquo;embouteillant maussadement dans la touristaille convergente. On nous zyeute la plaque et la bobine d&rsquo;emmerdeur du Qu&eacute;bec. Fameuse couverture pour des &laquo; Fran&ccedil;ais de France &raquo; en vadrouille nord-am&eacute;ricaine. Le reste du trajet se transforme en concours de moues.<\/p>\n<p>Mille moues plus tard, on franchit une ceinture d&rsquo;h&ocirc;tels babyloniens pour entrer dans la ville de Niagara. On suit le trafic automobile, longeant des parkings satur&eacute;s d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; et une procession de gens mouill&eacute;s de l&rsquo;autre.&laquo; &#8211; C&rsquo;est &ccedil;a, les chutes ? &raquo;On n&rsquo;y voit rien en bagnole, pas moyen de trouver o&ugrave; se garer, il bruine sur le c&ocirc;t&eacute; droit du pare-brise. On finit par s&rsquo;engager dans le centre-ville. <\/p>\n<p>Un Hulk en plastoc et une t&ecirc;te clout&eacute;e de cr&eacute;ature de Frankenstein surgissent de chaque c&ocirc;t&eacute; de la rue. Des cris &eacute;pouvant&eacute;s r&eacute;sonnent des profondeurs des mus&eacute;es des horreurs et des banquettes des trains-fant&ocirc;mes qui se disputent la marmaille sur les trottoirs. King Kong junior escalade la fa&ccedil;ade d&rsquo;un fast-food &agrave; la banni&egrave;re &eacute;toil&eacute;e. Ca sent la frite.Merde alors, on est chez Mickey.&laquo; C&rsquo;est quoi, le rapport ? &raquo; se demande t-on en passant devant un Alice Cooper en cire. Le rapport, ce sont probablement ces familles de bibendums yankee qui portent des casquettes ou des t-shirts extra-large professant un amour inconditionnel de leur pays. Ces gens-l&agrave;, il leur faut plus que des chutes d&rsquo;eau : il leur faut des man&egrave;ges, du bifteck et du super-h&eacute;ros Marvel. On louvoie tant bien que mal entre les pompeurs d&rsquo;argent de poche de gamins de 12 ans, circulant au gr&eacute; des stationnements complets et des parcm&egrave;tres exorbitants, pour finir par d&eacute;nicher un des rares emplacements r&eacute;tifs &agrave; l&rsquo;inflation panoramique. On descend les rues p&eacute;tantes de cette f&ecirc;te foraine de mauvais trip psych&eacute;d&eacute;lique en se mordant la l&egrave;vre. Cette ville a grand besoin de plusieurs lichettes de lance-flamme, pense t-on. <\/p>\n<p>Traversant la route, on pose une tong sur le parapet des chutes pour se faire pi&eacute;tiner les orteils aussit&ocirc;t. Des coudes contondants virevoltent dans la vapeur d&rsquo;eau tandis qu&rsquo;on progresse dans la direction du vacarme grondant.On s&rsquo;arr&ecirc;te une premi&egrave;re fois pour photographier un rideau d&eacute;vi&eacute; du cours principal et faire un d&eacute;compte des c&ocirc;tes cass&eacute;es. Un escalier rouge vif en zigzags longe la chute sur la falaise de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;, du c&ocirc;t&eacute; am&eacute;ricain. Plus en aval, un gigantesque pilier solitaire soutient une abominable plate-forme en b&eacute;ton au dessus du courant.En l&eacute;ger retrait, des tours panoramiques en forme de champignon et un ballon dirigeable ach&egrave;vent de saboter le paysage.Et l&rsquo;on pense &agrave; cette autre fronti&egrave;re naturelle des Etats-Unis, au sud, et ces tours panoramiques deviennent des miradors, et ces gens qui font coucou de la main, sur l&rsquo;autre rive, des gardes-fronti&egrave;res texans.Et l&rsquo;on pense &agrave; un mur.Puis un flash vous lac&egrave;re la pupille et on n&rsquo;y pense plus.On se remet &agrave; longer le parapet d&eacute;bordant, faisant assaut d&rsquo;asp&eacute;rit&eacute;s (nez, coudes, ongles d&rsquo;orteils) pour se frayer une trajectoire pointill&eacute;e. A mi-chemin, on passe &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;une mini-halle o&ugrave; l&rsquo;on retrouve les m&ecirc;mes options de manger d&eacute;conseill&eacute;es qu&rsquo;on s&rsquo;est efforc&eacute; d&rsquo;&eacute;viter tout au long de la route. Entre les badauds pointus, on entrevoit des bouts de cataracte embrum&eacute;s. En bas, dans l&rsquo;&eacute;cume, des gogos en cir&eacute; jaune se font r&eacute;curer comme des gobelets dans un &eacute;vier de camping. Soudain c&rsquo;est la demi-seconde de gr&acirc;ce, le d&eacute;versement de majest&eacute; cosmique, la transe yogi, la sc&egrave;ne en technicolor cul-cul : les corps s&rsquo;&eacute;cartent au ralenti, un arc-en-ciel se dessine dans la bruine, le brouhaha refait ses lacets, l&rsquo;&eacute;cume blanche et pure de la R&eacute;demption vous p&eacute;n&egrave;tre dans la cervelle.Alice Cooper a fondu dans le n&eacute;ant, le dollar n&rsquo;a plus cours, Sarkozy n&rsquo;est pas pr&eacute;sident, la guerre de Troie n&rsquo;aura pas lieu. Toute cette merde autour n&rsquo;existe plus. Le mot merde n&rsquo;existe plus. <em>I am he as you are me as we are all together<\/em>.Puis on se prend un coup d&rsquo;&eacute;paule et on se rappelle le mot de cinq lettres.Habit&eacute; par l&rsquo;esprit conqu&eacute;rant du <em>XV de France circa 1999<\/em>, on parvient au demi-cercle qui surmonte les chutes &agrave; l&rsquo;endroit P du grand plouf. Encore quelques coups de latte et on pourra poser pour la photo qui d&eacute;go&ucirc;tera les copains. Ca fera un beau fond d&rsquo;&eacute;cran. Encore faut-il braver des pr&eacute;cipitations &eacute;mulant Quimper en mars.On se penche contre le garde-fou pour voir la d&eacute;lin&eacute;ation du gouffre. A deux m&egrave;tres tout au plus de la barre en m&eacute;tal, c&rsquo;est le plongeon funeste. Le bringuebalement L&rsquo;&eacute;touffement. Et finalement, l&rsquo;aplatissement. Une obscure panique se d&eacute;clare en lieu intestinal. L&rsquo;ab&icirc;me grondant ressemble &agrave; un entretien d&rsquo;embauche. Mais un bras se pose sur votre &eacute;paule. Les potes prennent des poses triomphantes. Tout va bien. On rit de leurs conneries et on va s&rsquo;acheter une glace.<\/p>\n<p>Pendant le trajet de retour, on pense &agrave; Marilyn Monroe qu&#39;on a vu froufrouter dans le film &#39;Niagara&#39;. A sa blondeur truqu&eacute;e, ses sourcils en arceau, ses l&egrave;vres pimpantes, son d&eacute;collet&eacute; en avance sur son temps, ses jambes qui ne demandaient qu&#39;&agrave; se laisser d&eacute;sentortiller. &Agrave; son rire perl&eacute; et ses allures lascives. Ca y est, on bande enfin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Teddy d&rsquo;Montr&eacute;al&#8230; <\/strong>&laquo; <em>Un fondu qui travaillait qu&rsquo;&agrave; la dynamite<\/em> &raquo; _________________________________________________________________<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En d&eacute;pit de leur proche consonance avec le m&eacute;dicament de la bandaison garantie, les chutes du Niagara, papa, &ccedil;a commande difficilement l&rsquo;&eacute;moi.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":100,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-99","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mon-onc-des-ameriques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/99","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=99"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/99\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=99"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=99"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rennet.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=99"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}