Discographie

Les irrésistibles/the Beloved Ones – The story of Baxter Williams (CBS)

Le quidam accouché dans les années 70 n'aura que très peu d'excuses de ne pas identifier illico la montée de cordes de My year is a day… Seuls quelques habitants de bourgades perdues d'Ukraine ou de Vendée seront pardonnés pour leur ignorance. Depuis, Kiev a rattrapé son retard et le Puy du Fou son passé…

L'Histoire ne précise pas si ces Irrésistibles s'habillent toujours en grenouillère. The beloved Ones, ou les irrésistibles en français de 1967, cartonnent en 1968 avec le tube "my year is a day", écrit par un jeune William Sheller. Alors que les grandes ondes vomissent les allocutions de De Gaulle ou les commentaires d'un Zitrone pressé, la variété française s'installe en pantoufles sur le paysage sonore hexagonal. Charden a laissé tomber les fuzz pour s'empêtrer dans la gelée d'huile de moteur avec une blonde inerte comme un caillou, Joe Dassin lance la mode du strabisme télévisuel pendant que Gilbert Montagné broie du noir. Les irrésistibles apparaissent alors comme des êtres exotiques…

Américains installés depuis peu en France, le jeune groupe joue alors des standards de garage ainsi que des hits internationaux. CBS les repère et leur fait signer un contrat. Sponsorisés par la marque Triumph, les Irrésistibles sont irrémédiablement flanqués d'une tr5, modèle prestige de la marque  automobile, dès qu'ils apparaissent dans des scopitones, photos ou pochettes de disques. C'est le cas pour le titre "my year is a day", pop baroque symphonique à l'ode le l'ingénierie rosbif. Classé numéro 1 des hits parades français, le 45 tours est un véritable raz-de-marée et lance la carrière du jeune compositeur William Sheller. Quels amitiés ou contrats liaient alors Sheller et les irrésistibles? Peut être le fait que Sheller soit lui même américain du côté de son père et qu'il proposait régulièrement des compositions pops ambitieuses à différents labels… Je dois bien avouer mon ignorance sur le sujet. Il est grand le mystère de la foi Pop!

Les irrésistibles sortent d'autres 45 tours, dont "Lands of shadows", sans rencontrer le succès de "my year is a day". Ces deux titres se retrouvent sur leur album concept, the story of Baxter Williams, sorti en 1968 sur CBS. Entièrement anglophone, ce disque ne sortira qu'en France et semble inconnu ailleurs. Et c'est bien dommage! Si certains titres de l'album se rapprochent de groupes comme the Left Banke pour l'aspect baroque et riche en arrangements pop, d'autres comme Baxter's blues et To experience lorgnent définitivement plus vers la pop psychédélique avec orgue omniprésent… on peut même considérer To experience comme un garage monumental, avec solo de Farfisa dantesque propice à refiler la rage canine au clebs de Michel Drucker, ainsi que guitare fuzzée à la Count Five.

Un peu Zombies, un peu Monkees, un zeste de Left Banke, ces irrésistibles sont un peu des mignardises, des sortes de verrines apportant le goût sans la satiété… Pourtant, quand c'est bon, il est agréable de se goinfrer, de plonger sans retenue façon Gargantua… La musique des Irrésistibles laissent un goût de trop peu. En tout cas, the story of Baxter Williams est tombé dans l'oubli… est ce dû à l'absence d'une scène psyché pop française sur laquelle aurait pu s'appuyer ces Irrésistibles-Beloved Ones? Sont ce des contrats castrateurs ou de précoces Obligations de Quitter le Territoire Français…? Ces jeunes dans le vent ont bel et bien disparus, laissant un petit bijou rare et orphelin, comme ce le sera souvent dans la pop sophistiquée des années 60.

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